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Accueil > Changements climatiques > Réponses aux sceptiques > Stéphane Foucart assainit le climat
Stéphane Foucart assainit le climat
date 17 novembre 2010
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Billet d’analyse de l’ouvrage de Stéphane Foucart, Le populisme climatique, Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, Denöel Impacts, 2010.

Contre les miasmes propagés par les sceptiques du climat, pas besoin d’agressivité. Stéphane Foucart nous offre dans son livre un exercice maitrisé et ferme : mise en contexte, réfutation méthodique d’erreurs, dénonciation ferme des manipulations, analyse des motivations des sceptiques.

Ce livre est d’abord un essai pour faire le point, qui nous parle d’actualité et qui décode les mensonges et les manipulations. Les bêtises colportées par Claude Allègre, les tribulations plus policées mais tout aussi fallacieuses de Vincent Courtillot ; les campagnes contre le GIEC dans les médias anglais et américains ; le scepticisme mercenaire des pétroliers, les menaces contre la science lancées par les élus extrémistes aux Etats-Unis ; la veulerie des institutions scientifiques françaises (CNRS, Académie des Sciences) face aux dignitaires de la science devenus sceptiques du climat. Cette partie –la moitié de l’ouvrage- n’apportera pas grand-chose aux lecteurs de Real Climate, des textes de Nature, des synthèses de Greenpeace ou du blog de Sylvestre Huet, mais elle prend acte de la situation. Le livre est avant tout une excellente synthèse, rare en français, sur la bouffée de scepticisme climatique récente. L’irruption du Mammouth Allègre dans le paysage médiatique ne date pas d’hier. Ses arguments sont non seulement démontés dans l’essai, mais aussi montrés pour ce qu’ils sont, une copie des argumentaires rabâchés outre-Atlantique par les spécialistes de l’opposition à la science. Ce sont les même qui ont exercé leurs douteux talents sur le tabac, la couche d’ozone, les pesticides et maintenant les changements climatiques. A chaque fois, Stéphane Foucart nous donne des clés de compréhension, de quoi ne pas se faire rouler à l’avenir par les ritournelles des sceptiques.
Plus original et aussi passionnant, la suite tente de décrire pourquoi et sur quels arguments le « côté obscur de la force » a pu séduire des esprits parfois brillants, et sur quels arguments. On suit la rivalité et la jalousie –que l’on devine maladive- de certains géologues privés de l’oreille des puissants en faveur d’une discipline devenue rivale, basée sur la physique mais toute en maîtrise des données satellitaires et des modélisations informatiques. Plus original encore, on comprend la motivation « positiviste » des sceptiques, cette confrontation très idéologique avec les vues écologiques : la terre est finie, les ressources disponibles décroissent, de même que la richesse biologique face à l’empreinte des humains. Ces faits scientifiques au cœur de notre XXIème siècle ont pour corollaire qu’une croissance illimitée n’est pas accessible à l’humanité, qui doit inventer autre chose. Et cela, ces personnages (des hommes nés au siècle dernier voire restés au positivisme du XIXème siècle), ne peuvent l’accepter, ce n’est pas « leur » science. Cette vérité les dérange…
Autre chapitre qui vise juste, celui sur la blogosphère et les conséquences de l’existence de collectivités de raisonnements et d’échanges en circuit fermé. De véritables bocaux, qui favorisent les raccourcis et les soupçons de complot. Le contraste avec l’itération lente des publications scientifiques est saisissant. Le web est un mode de communication qui favorise les sceptiques tonitruants, et « fabrique » même des publications à réputation sérieuse avec des rogatons putréfiés. Cela est très bien raconté. De même que les « soucoupistes » continuent de croire que la terre est régulièrement visitée par des extra-terrestres, les « croyants » du scepticisme climatique n’ont aucun mal à se couper de la réalité des sciences (la fameuse « nouvelle physique » développée par le site et de leurs convergences. Ils ont trouvé dans l’éther du web des planètes accueillantes qu’ils confondent avec notre terre réelle. Ils ont même retourné l’argument en décrivant les climatologues comme un culte « réchauffiste » dont l’objectif est de duper les humains.
Une limite de l’exercice vient peut-être de la profession de Stéphane Foucart (il est journaliste au Monde). La presse reste assez épargnée dans la charge, en particulier par rapport aux associations de défense de l’environnement. Sur notre corporation écologiste faite de bénévoles et de permanents, de modérés et de radicaux, l’auteur fait un peu un amalgame général et suggère par exemple que les associations se livrent à une surenchère d’attribution à l’homme des récents phénomènes climatiques. Comme si ce travers n’était pas avant tout celui de la presse générale et des mass-médias qui confondent en général l’analogie (ce que seront les phénomènes climatiques dûs à l’homme) et l’attribution (cet évènement particulier est lié au dérèglement climatique lié à l’homme). En regardant les textes issus des grandes associations depuis quinze ans, on trouvera pourtant peu de cas de ce genre.
Autre limitation de son texte, l’auteur met en parallèle la critique des OGM et le « refus de la science » attribué aux adversaires des climatologues. La communauté des chercheurs en biotechnologie n’est pourtant ni unie, ni munie d’arènes aussi ouvertes et diverses que le GIEC. Outre une polarisation néfaste des débats, cette communauté OGM souffre de sa proximité manifeste avec les industriels concernés. Cette comparaison est donc un peu spécieuse. Dans ce même registre, Stéphane Foucart manque un point important pour expliquer l’histoire des climatologues, leur choix de s’organiser face aux attaques odieuses des pétroliers et des états du Golfe. Si la mayonnaise du GIEC a pris dans la communauté scientifique, et s’est imposée aux états (qui ont plutôt suivi qu’ils n’ont impulsé) c’est bien parce qu’une discipline était –déjà- attaquée violemment et simultanément faisait l’objet de demandes pressantes des politiques. Il y avait aussi une demande explicite des leaders du GIEC –souvent bloqués par les états extrémistes de l’ONU- envers les ONG, appelées à les aider pour expliquer et diffuser le message. Longtemps, les média manquaient à l’appel. Combien avant Kyoto de séances de l’ONU ou du GIEC sans un seul journaliste français (à un Yves Leers de l’AFP près) ? Autre exemple, les derniers travaux de vulgarisation de l’ancienne directrice de La Recherche, Martine Barrère, ont consisté à rédiger pour les ONG des textes dérivés du IIème rapport du GIEC. Soyons même encore plus nets : Les amateurs et dilettantes, jusqu’à une période récente, étaient plus journalistes qu’ONG.
Il reste à écrire l’histoire depuis vingt ans de la communauté originale de négociation sur les changements climatiques, liant savants, universitaires, diplomates, experts et associatifs, puis plus récemment industriels. Cette collectivité et ces échanges doivent beaucoup aux « méchants » pétroliers et charbonniers, dont certains n’avaient pas besoin d’être caricaturés. A plusieurs reprises, les scientifiques ont demandé l’aide des ONG et des états dans ce pugilat qui n’avait déjà rien à envier aux joutes actuelles. En tant qu’arène, le GIEC bénéficie de ce passé collectif que n’ont par exemple ni les biologistes de la diversité (qui en rêvent), les géologues adeptes du peak oil (condamnés à la polémique par l’absence de transparence des états pétroliers et par leurs propres polarisations) ou encore les scientifiques étudiant les OGM déjà cités. Même avec des moyens importants –qui ont fait défaut à l’origine au GIEC en tant qu’organisation- on ne créera pas aisément un tel forum pour ces autres sujets de débat liant science et politiques publiques.
Enfin, le principal défaut attribué par Foucart aux associations est le caractère « catastrophiste » des discours. Autour de Copenhague –où les journalistes étaient aussi nombreux que les délégués ONG et où les gouvernements avaient vingt fois plus de représentants- il est vrai que l’on a assisté à une espèce de cirque général. On peut aussi considérer que l’évènement et l’espoir qu’il suscitait méritait une telle mobilisation parfois grandiloquente il est vrai. Mais on peut aussi faire remarquer que la critique sérieuse du GIEC, surtout depuis 2007, provient aussi de scientifiques qui estiment que le groupe ne sait plus exprimer les risques extrêmes de déstabilisation du climat et se cantonne à une présentation « centriste » des choses.
De même, Stéphane Foucart met en exergue la présence de sceptiques du climat dans les mouvements anti-nucléaires, avec notamment le cas d’Yves Lenoir, le premier sceptique « médiatique » en France. Il est par contre absent sur les accointances au moins aussi étranges de l’industrie nucléaire avec les sceptiques : AREVA embauchant pour sa communication un sceptique connu (Pierre Kohler) ; les associations industrielles du nucléaire européen invitant un ancien de Greenpeace devenu pro-nucléaire… et sceptique passionné, directement dans l’enceinte de la COP de Montréal. A quoi peut mener la détestation de ses adversaires.
Mais là n’était pas le propos principal du livre, qui développe bien le dévoiement d’une partie des milieux rationalistes durant les deux dernières décennies. La critique du progrès portée par les sciences de l’environnement et par les mouvements écologistes a fait oublier toute révérence à la science dans ce milieu. Au point d’en faire des adversaires du processus ouvert et d’en faire des suppôts d’un culte nouveau, celui de la défiance contre le GIEC. Le livre cite même un exemple étonnant où les pourfendeurs du créationnisme se retrouvent aux côté de leurs ennemis rationalistes d’hier pour attaquer les conclusions des climatologues. Cette partie conclut le livre et l’auteur est à son meilleur. Espérons qu’il n’en reste pas là.


Par Antoine Bonduelle