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Accueil > Politiques et mesures > Négociations internationales > S.O.S. politique climat en détresse (en Europe) !
S.O.S. politique climat en détresse (en Europe) !
date 10 octobre 2011
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Selon trois études récentes, l’atteinte des objectifs de 20% d’énergies renouvelables et de 20% d’efficacité énergétique d’ici 2020 pourrait couvrir jusqu’à 93% des réductions demandées aux industriels du marché européen d’échange de quotas (EU ETS).

L’union européenne serait-elle sur le point de saborder elle-même son principal instrument économique communautaire de lutte contre le changement climatique ?

Nous parlons ici d’une tragédie shakespearienne qu’il aurait été difficile voire outrageux d’évoquer il y a quelques années de cela.
Mais aujourd’hui, un nombre croissant de preuves issues de la recherche vient alimenter cette réalité et force est de constater que le Titanic se rapproche dangereusement d’un impact fatal, à savoir le sombrement du Système européen d’échange de quotas (EU ETS).
Le pire de tout c’est que cette mise en échec de l’ETS ne vient pas d’un acte de sabordage délibéré ou d’une volonté sous-marine de destruction climatique. Non, l’ETS est en danger du fait d’un défaut structurel de mise en cohésion des politiques européennes énergie-climat ainsi que du manque de volonté de nos dirigeants européens à intervenir.

Et la conséquence de ceci est que, sans une rehausse de l’objectif européen de réduction des émissions à horizon 2020, il est quasi-certain que le prix du carbone au sein de l’ETS s’effondrera rapidement pour la troisième fois en autant de période d’échange de quotas – évacuant par la même les derniers espoirs de voir cet instrument économique placer l’Europe sur la trajectoire d’une économie bas carbone.

En décembre 2009, Natuur en Milieu, une ONG hollandaise membre du RAC-Europe publiait un rapport avant-gardiste montrant les impacts de l’objectif de 20% d’énergies renouvelables en 2020 (autre objectif du paquet énergie-climat) sur les émissions couvertes par l’ETS européen.
L’ONG arrivait ainsi à la conclusion que l’atteinte de l’objectif de 20% renouvelables ne couvrirait pas moins de 72% des réductions d’émissions demandées au sein de l’ETS dans le cas d’un scénario tendanciel. Rajoutant à ceci l’impact des mécanismes de flexibilité (offsets) ainsi que de l’atteinte de l’objectif de 20% d’efficacité énergétique en 2020, ce sont 93% des réductions de l’ETS qui seraient ainsi couvertes par des efforts réalisés en dehors de son champ d’action.
Fin 2009, ce rapport de Natuur en Milieu n’a pas suscité tant de réactions que cela au niveau politique. Cependant, avec deux nouveaux rapports publiés par des institutions de référence au niveau européen, à savoir ECOFYS et l’OEKO Institut, qui viennent corroborer ces conclusions, les premières secousses commencent à se faire ressentir dans les sphères politiques de l’Union.
Le sujet peut en effet devenir très embarrassant pour les architectes européens du paquet énergie-climat de 2008 qui partaient du principe que l’ETS serait la locomotive de toute la politique climatique européenne d’ci 2020 et au delà. En effet, leur postulat de départ était que ce serait ce même ETS qui conduirait à l’atteinte de l’objectif de 20% de renouvelables en 2020. Selon les analyses de l’Oeko Institut et de Natuur en Milieu il semblerait bien que l’exact opposé soit en train de se produire. En d’autres termes, l’objectif de 20% d’énergies renouvelables sera atteint quoi qu’il arrive au sein de l’ETS. De récentes analyses des Plan d’Action Nationaux pour les Renouvelables menées par l’Association Européenne de l’Energie Eolienne ont fourni les preuves de ce scénario.

La préoccupation politique montante sur le sujet est une chose mais sera-t-elle d’une quelconque utilité si aucune mesure n’est prise pour palier la défaillance de l’ETS européen ?
Pour y remédier il faut se placer sur une perspective de long terme. Si la plupart des réductions d’émissions fixées par l’ETS sont réalisées « naturellement » par des actions en dehors du marché européen, il n’y aura donc plus aucune incitation au sein de l’ETS pour réduire les émissions, au moins jusqu’en 2020, entrainant une chute drastique du prix du carbone. Cet effondrement du marché entrainera le report voire l’annulation pure et simple des investissements bas carbone au sein des secteurs énergétiques et industriels au cours de la prochaine décennie. Dans ces conditions, les objectifs climatiques de long terme de l’UE (2050) ne seront probablement pas atteints du fait de l’inertie du renouvellement des infrastructures.
Un autre impact attendu de l’effondrement de l’ETS sera la perte de revenus importante pour les Etats européens issus de la mise aux enchères des quotas. Pourtant ces revenus sont cruciaux et doivent servir à financer la transition vers une Europe sobre en carbone ayant réduit de 95% ses émissions d’ici 2050.

La conclusion est donc claire comme de l’eau de roche – et il ne s’agit certainement pas de supprimer les mesures engagées dans les domaines des renouvelables et de l’efficacité énergétique pour « protéger » l’ETS européen !
Les Etats membres doivent intervenir au plus vite pour ajuster le marché européen d’échange de quotas et le recalibrer avant qu’il n’entre dans sa troisième Phase, le 1er janvier 2013.
Cela devra se faire en créant davantage de rareté sur le marché via la mise en œuvre d’un objectif de réduction d’émissions de 30% domestique d’ici 2020 tout en resserrant la contrainte au sein de l’ETS (mise de côté des surplus issus de la Phase II ainsi que l’abaissement du plafond d’émissions).
Cette intervention rapide est indispensable afin de redonner toute son utilité au marché carbone dans le dispositif européen de lutte contre le changement climatique à court et moyen terme.