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Accueil > Changements climatiques > Réponses aux sceptiques > Réactions & droits de réponse > Réponse de Jean Jouzel et Michel Petit aux "dénonciateurs"
Réponse de Jean Jouzel et Michel Petit aux "dénonciateurs"
date 10 mars 2003
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La perspective d’un réchauffement climatique est avérée,
aux yeux des vrais spécialistes du monde entier

Cet article est une réponse à un interview de Monsieur Yves Lenoir, paru dans le Figaro du 20 février. Monsieur Lenoir est chercheur, mais chercheur en automatique et systèmes. Ce domaine est très éloigné du sujet sur lequel il s’exprime et l’Ecole des Mines de Paris pour laquelle nous avons la plus grande estime ne se sent certainement pas engagée par des propos tenus hors du cadre professionnel par quelqu’un qui s’y réfère de manière injustifiée.

La façon dont le GIEC est présenté est sans rapport avec la réalité. Les liens du GIEC avec les Nations Unies n’ont rien d’infamant et n’impliquent pas qu’il souffre de toutes les tares qu’on a pu reprocher à certaines organisations onusiennes. Le GIEC a été créé par deux organisations dépendant de l’ONU : l’Organisation Météorologique Mondiale dont personne ne met en doute le sérieux et la valeur scientifique et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Le GIEC n’a jamais eu pour mission de bâtir des projets scientifiques à long terme, mais de dresser l’état des connaissances sur la science du réchauffement climatique, sur les conséquences du changement climatique et ce qu’on peut faire pour s’y adapter et enfin sur ce qu’on peut faire pour en limiter l’ampleur en maîtrisant les émissions humaines de gaz à effet de serre.

Pour cela, il confie la rédaction de rapports à des chercheurs en activité, spécialistes du sujet traité dans le chapitre concerné, répartis de par le monde et qui travaillent bénévolement. La première version de chaque chapitre est soumise pour examen à la communauté scientifique au sens large, en particulier à tous les experts désignés par les presque 200 gouvernements des états membres du GIEC et par les organisations non- gouvernementales concernées dont certaines sont d’obédience écologique et d’autres clairement porteuses des intérêts pétroliers. Toute contribution reçue est examinée quel qu’en soit l’auteur. Une deuxième version remaniée profondément pour tenir compte des remarques reçues est diffusée à tous ceux qui ont envoyé des remarques sur la première et à tous les gouvernements qui , en tant que tels, font part de leurs observations.

Tous ces commentaires sont à nouveau pris en compte pour la rédaction d’une troisième version qui sera soumise à l’approbation de tous les Etats qui, en outre, adopteront mot à mot le sommaire pour décideurs de chacune de ces parties. Ces sommaires, pour le dernier rapport du GIEC, ont tous été adoptés mot à mot à l’unanimité, y compris par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite dont les positions sont bien connues par ailleurs.

Voilà ce que recouvre le " sans aucun contrôle démocratique " invoqué de façon aussi lapidaire qu’injustifiable. Les résultats des travaux du GIEC ont d’ailleurs été récemment reconnus par l’Académie des Sciences américaine, et le Président Bush lui-même a dû en prendre acte.

Sur le fond du sujet maintenant, le phénomène d’effet de serre lié au développement de notre civilisation industrielle a été prévu en 1896 par Arrhénius, après que Joseph Fourier ait analysé en 1826 le rôle de l’atmosphère sur la température de notre planète. On mesure avec soin la composition de l’atmosphère depuis 1958 et on observe année par année une croissance de la concentration en gaz carbonique qui est d’un demi pour cent par an en moyenne. De 1850 à nos jours, cette concentration a augmenté de 30 % et tous les scientifiques compétents ne voient pas comment on pourrait échapper à un réchauffement global de notre Terre. Les changements climatiques récemment observés, en valeur moyenne pour l’ensemble du Globe, ne font que confirmer cette prévision. S’il y a bien eu un petit âge glaciaire en France et dans les pays voisins, ce n’était qu’un phénomène local. Si l’on s’intéresse à la moyenne de la température sur l’hémisphère nord, ce n’est qu’à partir de 1850, et au cours des 50 dernières années tout particulièrement, qu’on a vu augmenter la température au sol, la température des eaux maritimes superficielles et la température de l’air à la surface de la mer de façon parfaitement parallèle. Après examen de tous les travaux publiés, le rapport du GIEC conclut, à partir d’arguments très solides, y compris la prise en compte du rôle en fait marginal de l’activité solaire, qu’une large part de ce réchauffement récent est dû aux activités humaines.

La corrélation observée entre la variation de la composition atmosphérique et de la température pour les temps anciens n’a jamais été interprétée dans les rapports du GIEC comme une preuve que c’est la première qui est la cause de la seconde. A la fin d’une période glaciaire, l’augmentation de gaz carbonique suit le réchauffement en Antarctique de quelques centaines d’années mais précède la fonte de la calotte glaciaire de l’hémisphère nord en accord avec l’idée qu’elle participe à cette déglaciation. La signification profonde de ces données du passé pour l’effet de serre est que les deux phénomènes se renforcent l’un l’autre, et il est vain d’espérer que l’augmentation de température entraînera une diminution du gaz carbonique aux effets bénéfiques : c’est bien l’inverse qu’on peut redouter. Signalons que ces périodes glaciaires très différentes de celle dans laquelle nous vivons actuellement, sont tout à fait correctement simulées par les modèles climatiques, ceux-là même qui servent à la prédiction des climats du futur.

La difficulté de prendre correctement en compte la vapeur d’eau dans les modèles climatiques est bien connue et reconnue par tous les spécialistes et elle est une des causes principales des incertitudes dont personne ne sait aujourd’hui s’affranchir sur les estimations de la température en 2100. L’autre incertitude majeure porte évidemment sur ce que seront les émissions de l’humanité dans quelques dizaines d’années. C’est pour cela que personne ne peut dire si la température aura augmenté en 2100 de 1,5 °C ou de 6 °C en chiffres ronds, sachant que la moitié de cet écart correspond à la différence entre une absence de politique volontariste et des réductions fortes des émissions de la planète.

La captation du carbone n’est possible, dans des conditions économiques acceptables, que pour de grosses installations et le problème de son stockage en est encore au stade des premières expérimentations. Les possibilités de stockage dans des formations géologiques sont limitées et le stockage marin ne pourra être envisagé que si son innocuité est établie. L’ensemble captation stockage pourra sans doute contribuer à la solution du problème de l’effet de serre, personne ne peut espérer qu’il résoudra l’essentiel du problème.

Il est bien clair que ce ne sera pas chose facile pour l’humanité d’abandonner la situation antérieure d’une énergie à bon marché, mais épuisable en tout état de cause, pour fonder son développement. Ce n’est pas pour cela qu’il faut ignorer ce problème. Il est sûr que " ça va chauffer " (c’est le titre d’un ouvrage sous presse), mais cela chauffera d’autant plus fort et d’autant plus vite que nous serons plus lents à prendre le problème au sérieux. Personne ne nie que certains pourront peut-être bénéficier un temps du changement climatique, mais plus ce changement sera important et brutal, moins ces bénéficiaires éventuels seront nombreux. Un réchauffement moyen de 3 degrés se traduirait par des réchauffements locaux moyens allant jusqu’à 10 °C et une telle perspective signifie un choc extrêmement violent pour les écosystèmes et les sociétés humaines, qui en aucune façon ne ressemblerait à un " âge d’or ". De plus, ces chocs ne pourront pas être atténués par des migrations de populations aussi facilement que ce pouvait être le cas voici quelques milliers d’années, car nous sommes bien plus nombreux qu’alors sur terre, et toutes les terres exploitables sont déjà habitées.

Jean Jouzel Michel Petit
Directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace Membre correspondant de
de l’environnement global l’Académie des Sciences
Membre du Bureau du GIEC Ancien membre du bureau du GIEC