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Réponse au chaud et froid de Pascal Bruckner
date 16 février 2010
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Réponse au chaud et froid de Pascal Bruckner


Tribune
Par Le Réseau Action Climat France

Libération, le 16 février 2010
Rubrique Rebonds

Dans sa tribune du 13 janvier, intitulée « le Réchauffement qui refroidit » (lisible plus bas), Pascal Bruckner s’amuse de la contradiction entre les températures froides de cet hiver et le réchauffement climatique. Mis en cause dans cet article, le Réseau action climat France souhaite réagir.

Les changements climatiques constatés sont complexes et multiples. Ils peuvent intensifier les précipitations en une région du monde et en assécher une autre ou encore accabler un pays de phénomènes extrêmes. Ces événements divers et localisés sont l’illustration des changements du climat. Si la trajectoire globale tend vers la hausse des températures (+0,74 °C entre 1906 et 2005), nous continuons et continuerons d’être témoins de vagues de froid.

« Les scénarios de réchauffement climatique n’excluent pas la survenue de séquences très froides, plus rares certes mais s’intercalant dans une tendance au radoucissement. De tels phénomènes, devenant "inhabituels", pourraient n’en être que plus meurtriers », écrit Jean-Pierre Besancenot (CNRS) dans un rapport remis au Premier ministre en 2007.

Cette réalité des changements climatiques est reconnue et doit être intelligible pour les citoyens afin de générer une modification profonde des comportements et des repères. Le Réseau action climat France, en tant que coalition d’associations en lutte contre les changements climatiques, utilise des équivalences et des images pour rendre accessibles des données souvent complexes. Ces procédés sont systématiquement soutenus par des sources de référence. Dans la brochure du Réseau action climat France, « Des gaz à effet de serre dans mon assiette », consacrée à l’impact de notre alimentation sur l’effet de serre, l’équivalence entre la production de 1 kg de veau et d’un trajet automobile de 220 km s’explique par la quantité de gaz à effet de serre induite par ces deux activités. La source indiquée dans la brochure donne plus de détails.

Si les doutes à l’égard des changements climatiques sont légitimes pour des profanes, l’ignorance paresseuse de certaines élites mène rapidement à des réflexions stériles, voire à des erreurs grossières. Nous invitons chacun à se saisir de la question des changements climatiques et à s’informer auprès des organismes scientifiques de référence pour se forger une opinion, loin des provocations et contre-feux médiatiques. Cet épisode hivernal est rigoureux. Souhaitons que les débats qu’il suscite le deviennent également.

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Le réchauffement qui refroidit

Par PASCAL BRUCKNER Essayiste

La nature joue parfois d’étranges tours à ses défenseurs. Depuis quelques semaines, l’Europe, l’Amérique du Nord, la Chine subissent les assauts d’un hiver glacial. Le thermomètre est descendu à - 20° près de Paris, à - 41° en Norvège, à - 21° en Ecosse, à - 45° aux Etats-Unis, la Floride grelotte, le Royaume-Uni est paralysé par des chutes de neige comme il n’en a pas connu depuis trente ans, partout les transports sont paralysés ou retardés, de nombreuses personnes décèdent, les réseaux d’électricité peinent à fournir l’énergie. Bref, nous n’avons jamais eu aussi froid depuis qu’on nous alerte sur les effets dramatiques du réchauffement.

A cette situation, les spécialistes ont une explication : c’est bien parce que le globe se réchauffe que vous êtes frigorifiés. El Niño, en élevant la température des eaux du Pacifique, perturbe la circulation atmosphérique sur l’Atlantique et le Pacifique Nord et suscite la faiblesse des vents océaniques qui laissent passer l’air polaire. Al Gore l’avait dit dans son film Une vérité qui dérange : la fonte des glaciers, en précipitant d’énormes blocs de glace dans les mers, allait annihiler les effets tempérés du Gulf Stream et entraîner des hivers plus rigoureux. Il fait donc glacial parce qu’il fait plus chaud : logique imparable. Les scientifiques seraient plus crédibles s’ils reconnaissaient la fragilité de leurs estimations et que leur savoir relève, en grande partie, de la spéculation.

Plus généralement, un nouvel obscurantisme se propage qui avance sous le masque de la science : un site consacré aux méfaits de l’alimentation carnée n’expliquait-il pas que « la production d’un kilo de veau rejette autant que de gaz à effet de serre qu’un trajet automobile de 220 km » [1] ? On aimerait connaître le procédé mathématique qui a permis un résultat d’une aussi redoutable précision.

Plus généralement, une certaine écologie combat la civilisation technicienne par l’idéologie même de la technique : double croyance dans la vertu du calcul, dût-il produire des statistiques fantaisistes, et dans la toute puissance de l’humanité. En attribuant les malheurs de la terre à la seule espèce humaine, elle fait preuve d’un anthropocentrisme déchaîné, confirme notre statut de « maître et destructeur » de la nature. Croire que demain, par une nouvelle frugalité, un changement de civilisation, nous modifierons la météo et sauverons la planète, c’est retomber dans le même fantasme prométhéen que les adeptes les plus fanatiques du progrès. Une chose est d’exagérer la menace de catastrophe pour l’éviter, une autre de tomber dans un nouveau millénarisme en jouant inutilement avec la peur. Sur le thème de l’effroi, une tribu de pythies, mages, utopistes, vaticine et menace. Il manque à ces prophètes de se soumettre aux bénéfices du doute et d’inclure dans leurs prédictions le principe d’incertitude. En attendant, mes frères, préparez-vous à frissonner : le réchauffement est en marche, le thermomètre est encore au-dessous de zéro.

date Notes

[1« Des gaz à effet de serre dans mon assiette », Réseau action climat-France.