logo
LES MEMBRES
greenpeace
wwf
lpo
oxfam} alofa tulavu
4d
gret
helio
hespul
cler
amis de la terre
agir pour l'environnement
fnaut
fub
solar generation
reseau sortir du nucleaire
cniid
wecf
associations locales

MAILING LISTE

La liste climat du RAC-F vous permet de recevoir et d’envoyer des informations sur les changements climatiques.
S'abonner Se désabonner
attention ça chauffe
can
illustration
Penser au-delà du Protocole de Kyoto
date 8 décembre 2004
texte+ texte- google twitter facebook

Conférence internationale sur le climat
Penser au-delà du Protocole de Kyoto

La 10ème Conférence de l’ONU sur le réchauffement de la planète s’est
ouverte
hier à Buenos Aires (Argentine). C’est la première fois que les États
du monde
entier se réunissent, alors que le Protocole de Kyoto va enfin pouvoir
être
appliqué. Mais la situation reste alarmante, comme le rappelait hier
le
scientifique Christian Brodagh sur les ondes de France Inter : pour
stabiliser
l’effet de serre, il serait nécessaire de réduire de moitié les
émissions de
gaz responsables de ce phénomène, c’est à dire 10 fois les objectifs
du
Protocole.

Conférence de Buenos Aires Anticiper sur des rendez-vous décisifs

La conférence mondiale qui s’ouvre dans la capitale argentine
sera-t-elle un
nouveau pas vers la réduction des gaz à effet de serre ? D’ores et déjà
se pose
la nécessité de se projeter au-delà des objectifs du Protocole de
Kyoto.

La dixième Conférence des États signataires de la Convention des
Nations-unies
sur les changements climatiques s’est ouverte hier à Buenos Aires.
Jusqu’au 17
décembre, les délégations poseront les jalons de la politique
climatique
internationale, qui doivent permettre de réduire à terme les émissions
de gaz à
effet de serre.
L’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto au mois de février prochain -
étape
essentielle dans la lutte contre le réchauffement climatique - renforce
l’importance du sommet sur le climat de Buenos Aires, déjà qualifié
d’"historique".
Trente-huit pays industrialisés doivent en effet mettre en place des
mesures
concrètes permettant une réduction des gaz à effet de serre
(principalement le
gaz carbonique, CO 2 ) d’au moins 5,2% par rapport au niveau de 1990,
afin de
remplir leurs engagements pris en ratifiant le protocole. Les
discussions qui
vont être menées dans la capitale argentine entreront donc dans le vif
du
sujet.
Pour la plupart des scientifiques et des ONG (organisations non
gouvernementales), il est très important que les États membres de
l’ONU
confirment les engagements pris à Kyoto en 1997. Grâce à la signature
de la
Russie, ce protocole va pouvoir être appliqué, même sans la
participation des
États-Unis.
Le but est que les pays industrialisés concernés par ce protocole
réduisent
leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% en moyenne, d’ici 2012.
En
l’appliquant, l’Union européenne espère éviter un réchauffement global
de la
planète de 2°C par rapport à 1750.
"Cette conférence est importante parce que c’est le 10ème anniversaire
de la
Convention-cadre sur le climat, c’est l’occasion de le fêter et de
faire le
bilan de son application incluant les États-Unis, l’Australie (qui ne
sont pas
dans le protocole de Kyoto) et les gros pays en voie de
développement",
explique Raphaëlle Gauthier, de l’ONG Réseau Action Climat, présente
cette
semaine à Buenos Aires en tant qu’observatrice.

Horizon 2012

Les regards se tourneront aussi bien plus loin dans le temps, vers
2012, la
prochaine période d’engagement des pays signataires. Et les futurs
enjeux sont
énormes, car, vers 2015, les pays en développement seront responsables
de la
moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Les efforts entrepris en faveur de l’environnement se heurtent aux
impératifs
économiques. Comment en effet demander aux pays pauvres de limiter leur
production, donc leur développement, pour satisfaire aux exigences
écologiques
des pays riches ?
"Il y a là un vrai problème Nord-Sud", reconnaît la climatologue
Martine
Rebetez. "Tout est très complexe, puisque le développement économique
et la
lutte contre la pauvreté n’ont pas forcément les mêmes objectifs que
la
protection de la nature."
Mais pour Jean Jouzel, directeur de recherche au Laboratoire des
sciences du
climat, on ne peut pas faire l’économie de cette anticipation.
"Aujourd’hui, il
y a 7 milliards de tonnes de carbone qui sont rejetés dans
l’atmosphère, on
pourrait arriver à 20 ou 30 milliards à la fin du siècle or il faut
redescendre à 2 ou 3 milliards pour stabiliser l’effet de serre",
explique-t-il.
Et d’ajouter : "les politiques n’ont pas bien conscience des
contraintes que la
stabilisation de l’effet de serre impliquent, les objectifs de Kyoto
sont
modestes et en plus ils ne concernent que les pays développés". Il
faudrait,
donc, selon lui, "accumuler les Kyoto" pour espérer aboutir à un
résultat...

Kyoto : une avancée

La conférence sur le climat accueillie par Buenos Aires est la dixième.
Une de
plus qui ne débouchera que sur des discours politiques et des bonnes
intentions non suivies d’effets ?
Martine Rebetez ne l’analyse pas de cette manière : "Les conférences
internationales et les accords tels que le Protocole de Kyoto
permettent tout
de même de faire avancer les choses. Bien sûr, ce ne sont à chaque
fois que de
petits pas. Mais tout ce qui est pris est pris. Maintenant, il s’agit
en effet
d’éviter le pire. Dès lors, ce qui compte, ce ne sont pas tant les
pourcentages d’émissions qui seront réduits, mais que, sur ces dix ou
quinze
prochaines années, tous les États poursuivent sur ce chemin, discutent
et
cherchent des solutions."
Le plus gros pollueur de la planète que sont les États-Unis n’a pas
ratifié le
Protocole de Kyoto. Les efforts mondiaux, dès lors, ne sont-ils pas
vains ?
"Non, il ne faut pas se focaliser sur le gouvernement central
américain. Les
États ont aussi un rôle à jouer. À ce titre, la Californie a été très
innovante. C’est de là que sont venus les catalyseurs dans les années
1980.
Et, aujourd’hui, de gros efforts sont fournis pour développer des
voitures à
hydrogène. La recherche scientifique nous permet de réduire peu à peu
notre
dépendance vis-à-vis des énergies fossiles."

Une occasion de convaincre

Les absents ont toujours tort. La conférence de Buenos Aires sera
l’occasion
pour les pays qui n’ont pas ratifié Kyoto, les États-Unis notamment,
"de voir
que tout le monde se bouge et qu’ils sont de plus en plus
marginalisés",
ajoute Raphaëlle Gauthier du Réseau Action Climat.
Car si le protocole de Kyoto est "ambitieux et indispensable" pour
Edouard
Toulouse, responsable énergie et climat au WWF (World Wild Fund), "il
manque
malheureusement toujours les États-Unis, premier pollueur de la planète
avec un
quart des émissions de gaz à effet de serre. Nous les appelons donc à
changer
leur fusil d’épaule".
Surtout que les engagements de Kyoto sont encore "timides", pour
Jean-Marc
Jancovici, ingénieur et consultant, qui explique : "c’est comme si dans
une
salle de classe de 30 élèves, où il y en a 25 qui fument 4 cigarettes
par jour
et 5 qui en fument 30, on ne touchait pas aux 25 premiers qui en
fument 4, mais
on se contentait de pousser ceux qui en fument 30 à n’en fumer plus
que 28 !".
L’urgence semble donc de convaincre d’autres pays de ratifier le
protocole et de
pousser ceux qui l’ont déjà ratifié à l’appliquer, comme la Chine et
l’Inde,
qui pour le moment ne sont soumises à aucune contrainte.

Une mécanique implacable déjà en route

Le climat s’emballe. Si rien ne change, des États insulaires seront rayés de la carte.

Le réchauffement climatique n’est pas une invention, il existe bien et
l’homme
en est en grande partie responsable. Le GIEC (Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat) est catégorique. Cet
organisme
issu de l’ONU regroupe des scientifiques du monde entier et ses
analyses ont
reçus l’approbation de tous les pays y participant (y compris des
États-Unis).
Sa dernière mouture de 2001 dépeint une situation grave.

Si le climat a beaucoup évolué au cours du temps, sur des périodes
longues de
plusieurs milliers d’années, le réchauffement actuel est lui
particulièrement
rapide, et il va en s’accélérant. Jean Jouzel, climatologue au sein du
GIEC,
est formel : "La première certitude, c’est que l’homme modifie l’effet
de
serre".
Ce phénomène décrié est pourtant essentiel à la vie. Une couche de gaz
dans
l’atmosphère retient la chaleur du soleil, ce qui maintient une
température
moyenne de 15°C à la surface du globe, qui sans elle attendrait
presque -20°C.
La vapeur d’eau est le premier de ces gaz, dits à "effet de serre",
mais
l’humain n’a que peu d’influence sur sa concentration dans
l’atmosphère. En
revanche, l’augmentation d’autres gaz est directement liée à son
action : le
dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et
l’ozone
(O3), ainsi que des gaz artificiels dus à l’industrie comme les
halocarbures.
Leur niveau n’a jamais été aussi élevé que ces dernières années.

Un autre climat

Les conséquences sont prévisibles, bien qu’encore très imprécises. "Si
nous n’y
faisons pas attention, nous allons vraiment vers un autre climat déjà à
l’échelle des jeunes qui vivent actuellement", prévient Jean Jouzel.
La
concentration en CO2, principal gaz à effet de serre anthropique,
c’est-à-dire
dû à l’homme, en quantité (60%), mais aussi en durée de vie (100 ans),
passera
de 368 ppm (parties par millions) actuellement à une fourchette
comprise entre
540 et 970 ppm en 2100.
Pendant toute la période préindustrielle, c’est-à-dire avant 1750, elle
n’était
que de 280 ppm. Du coup, au 21ème siècle, la température moyenne
augmenterait
de 1,4 à 5,8°C, ce qui constituerait un record depuis 10.000 ans.
Le niveau des mers devrait lui augmenter de 9 à 88 centimètres,
élévation due à
la dilatation thermique des océans et à la fonte des glaciers. Mais
Jean
Jouzel avertit que cette hausse s’amplifiera dans les siècles suivants
 : "Une
fonte partielle du Groënland de trois mètres ferait que, cumulée avec
la
dilatation, on peut craindre des élévations de quatre à cinq mètres à
l’échéance du milieu du millénaire".
Toutes ces prévisions restent très générales. Les changements ne seront
pas
progressifs mais plutôt abrupts, et prendront des formes très
différentes d’une
région à l’autre. Si les glaces groënlandaises doivent fondre, la
calotte
antarctique devrait plutôt s’épaissir.

Renforcement des inégalités Nord-Sud

Quelques bénéfices peuvent être attendus du réchauffement, notamment
pour
l’agriculture, comme le précise Bernard Seguin, chercheur à l’INRA :
"Dans les
régions tempérées, l’augmentation de température pourrait être
relativement
favorable".
Mais l’agronome nuance tout de suite son propos : "Il y a des zones où
l’on sait
qu’il n’y aura que des perdants, et on tombe plutôt sur les pays du
Sud". Pour
ces derniers, si rien ne change, les conséquences seront très
néfastes.
Car si les pays riches pourront combattre les fléaux, les pays en voie
de
développement des zones tropicales et subtropicales en pâtiront
particulièrement, que ce soit dans les domaines de la santé, de la
productivité agricole ou des ressources aquifères.

De nombreuses côtes seront sujettes aux inondations, comme celle du
Bangladesh.
Les îles Tuvalu seraient tout simplement englouties. La
désertification
progresserait. En fait, l’effet de serre renforcerait les inégalités
sociales
entre pays riches et pauvres. Certains États commencent d’ailleurs à
s’interroger sur les conséquences politiques du phénomène, comme
l’éventuel
flux massif de réfugiés, ou des guerres pour le contrôle de l’eau
potable.
Le Pentagone a ainsi édité il y a un an un rapport apocalyptique sur
les
différents scénarios face aux changements brutaux du climat. Si rien
ne
change, Jean-Marc Jancovici, consultant en environnement auprès
d’entreprises,
craint le pire : "Si ce n’est pas nous qui nous chargeons de faire
baisser les
émissions de CO2, c’est un mécanisme de régulation qui le fera à notre
place :
une épidémie, une famine, une récession... La Terre ne manque pas de
mécanismes
de régulation".

L’Américain pollue quatorze fois plus que l’Indien

Les causes du réchauffement climatique sont connues. Premier facteur :
la hausse
exponentielle de la demande en énergie, surtout depuis l’éveil de la
Chine,
rejointe demain par l’Inde et d’autres PVD (pays en voie de
développement). Les
énergies renouvelables sont encore trop faibles pour remplacer
complètement le
charbon, le pétrole et le gaz naturel. Seul le nucléaire offre
aujourd’hui une
alternative, mais il faut prendre en compte les problèmes politiques et
environnementaux qu’il entraîne.
Les transports, en pleine croissance, libèrent énormément de CO2. Et
les
quelques voitures hybrides nouvellement lancées ne risquent pour
l’instant pas
d’inverser la tendance.
L’agriculture, notamment l’élevage bovin, fournit abondamment
l’atmosphère en
méthane. En France, cette dernière est même le principal contributeur à
l’effet
de serre. Ajoutons que le déboisement massif amoindrit l’absorption de
carbone
par les arbres. Au classement des pollueurs, l’Américain arrive sans
grande
surprise en tête avec l’Australien : il rejette en moyenne trois fois
plus de
gaz à effet de serre qu’un Français, et quatorze fois plus qu’un
Indien.

(Source Radio-France et 24heures CH)