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Passe d’armes britannique autour de la fonte des glaciers et d’une faute de frappe
date 16 mai 2005
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Passe d’armes britannique autour de la fonte des glaciers et d’une faute de frappe

"Science poubelle" : le titre de la dernière chronique de George Monbiot, spécialiste de l’environnement du quotidien britannique The Guardian, ne fait pas de quartier : son sujet principal, le botaniste David Bellamy, qui ne cache pas son scepticisme sur l’origine humaine du réchauffement climatique, n’en sort pas indemne. Ce n’est pas la première fois que les deux hommes croisent le fer. Mais la charge n’a jamais été aussi rude.
La rixe trouve son origine dans une lettre de David Bellamy publiée le 16 avril dans l’hebdomadaire New Scientist. M. Bellamy y soutenait que, contrairement à ce qui est généralement affirmé, la grande majorité des glaciers du globe ne sont pas en train de fondre de façon accélérée, mais qu’ils sont en phase de croissance. Il énumérait une série de sites en Norvège, en Patagonie, en Nouvelle-Zélande , où la glace s’accumule et où la température semble baisser. "En fait, écrivait-il, si vous prenez en considération toutes les preuves que les ’kyotoistes’ mentionnent rarement, 555 des 625 glaciers observés par le service mondial d’observation des glaciers de Zurich ont grossi depuis les années 1980.

Cette affirmation, aussitôt reprise par les sceptiques du réchauffement, a turlupiné George Monbiot. Et si David Bellamy, cofondateur de la Conservation Foundation, qui s’est donné pour raison la "promotion d’action environnementale positive" , avait raison ?

LE RECUL EST NET

Il a donc enquêté sur cette affirmation iconoclaste. En s’adressant tout d’abord à l’institut zurichois. La réponse est sans appel : "C’est n’importe quoi." Quant à Wilfried Haeberli, directeur du Service mondial d’observation des glaciers, il préfère s’abstenir de toute polémique et se concentre sur les données : "Elles sont complètement claires, affirme-t-il. En dépit de variations interannuelles, les bilans sont négatifs. La perte d’épaisseur de la glace cumulée depuis 1980 équivaut, en hauteur d’eau, à 8 mètres."

Mais ces glaciers qui grossissent, cités par David Bellamy ? M. Haeberli note qu’il s’agit essentiellement d’exceptions. Le "Pie XI", au Chili, a certes beaucoup avancé ces dernières années, mais, dans le même temps, un glacier adjacent a beaucoup reculé, comme si le flux de glace entre les deux suivait désormais un nouveau régime. Le "Franz-Joseph", qui, en Nouvelle-Zélande, avance de 4 mètres par jour ? "Cette avance fait suite à un très fort recul" , constate Wilfried Haeberli. C’est aussi le cas en Norvège. "En ces matières, il faut considérer l’échelle du siècle, dit-il. Et, depuis le XIXe, le recul est net."

Les zones où les glaciers avancent sont intégrées aux bilans de masse effectués par les services zurichois, qui se fondent sur 50 glaciers et 9 régions. Wilfried Hae- berli ne cache pas son inquiétude. "La fonte s’accélère, assure-t-il. En 2003, les glaciers des Alpes ont perdu de 5 % à 10 % de leur volume. Ce qui doit nous soucier, c’est le futur, pas le passé."

CUL-DE-SAC

Mais revenons à l’enquête de George Monbiot. Il a insisté auprès de David Bellamy pour connaître ses sources. Celui-ci l’a orienté vers www.iceagenow.com, le site d’un ancien architecte, Robert W. Felix, qui promeut ses propres ouvrages, où il avance des thèses hétérodoxes. Le réchauffement des océans serait dû à l’activité volcanique sous-marine. Lui aussi parle du centre de Zurich, évoquant la poussée de 55 et non 555 , des 625 glaciers observés par les Suisses.
La source de ces données ? La dernière livraison de 21st Century Science and Technology, un magazine fondé par Lyndon LaRouche. Cet homme politique américain d’extrême droite, éternel candidat à l’élection présidentielle, fut condamné en 1989 à quinze ans de prison pour escroquerie et fraude fiscale. Sa publication est farouchement pronucléaire, elle évoque aussi le "combat contre l’empirisme" du "mouvement des jeunes LaRouche" et met en doute la réalité du changement climatique.

Mais, sur le site de LaRouche, George Monbiot ne retrouve pas la référence aux 555 glaciers de M. Bellamy. Qu’importe, sur Internet, une trace (55 %) est vite retrouvée, et George Monbiot se lance vite sur celle de Fred Singer, un sceptique du changement climatique, qui cite lui-même une source autorisée, mais vague : "Un article publié dans Science en 1989."

Vérifications faites, Science n’a publié aucun article consacré aux glaciers, leurs avancées ou leur recul, cette année-là. La quête du chiffre mystérieux aboutit donc à un cul-de-sac.

Reste à expliquer la différence entre les 555 glaciers de M. Bellamy et les 55 % de la vulgate antiréchauffement. "Sur le clavier anglais standard, ’5’et ’%’ partagent la même touche" , rappelle George Monbiot. La confusion est donc aisée. Soumettant son hypothèse à David Bellamy, le journaliste du Guardian s’est vu répondre qu’il y avait bien eu "un pépin électronique" . Pour l’heure, le New Scientist n’a pas reçu de correctif de David Bellamy. Il ne nous a pas été possible de le joindre pour avoir sa version des faits.

George Monbiot, impitoyable, ne peut que constater les dégâts : "Dans la faute de frappe de Bellamy, nous avons les bases d’un nouveau front dans la guerre contre la science du climat."

Hervé Morin
Le Monde, Article paru dans l’édition du 15.05.05