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Accueil > Presse > Archives > Communiqués de presse 2004 > Lettre à la direction d’ARTE
Lettre à la direction d’ARTE
date 13 juin 2003
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Réaction à l’émission "de quoi j’me mêle" sur le climat (10/06/03)

Voici la lettre du RAC-F adressée à la direction d’ARTE concernant son irresponsabilité dans le cadre de l’émission "de quoi j’me mêle"

Vous pouvez également lire
- la lettre de certains climatologues français à ARTE en cliquant sur l’icone en bas de page.
- la lettre de Greenpeace
- la lettre de Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialsié sur le thème de l’effet de serre

Climat : ARTE s’emmêle

"Il y a environ trois cents ans, une Société de la terre plate a été fondée par ceux qui ne croyaient pas à la rotondité de la planète. Cette société existe toujours, elle doit compter une dizaine de membres."
M.Pachuri, président du GIEC, Paris, février 2003.

Le genre contestataire, qui attire tant les médias télé, se plaît en ce moment à minimiser les problèmes environnementaux. L’émission diffusée sur ARTE mardi 10 juin nous confronte, encore une fois, au problème de la déontologie journalistique. Cette soirée théma sur le climat dans le cadre de l’émission "de quoi j’me mêle", dans l’unique but de démonter des idées reçues, saccage tout un travail d’information menée de longue haleine sur un sujet d’envergure.
Depuis 30 ans, date à laquelle eut lieu la conférence de Stockholm sur l’environnement humain, il est de bon ton de dénoncer le catastrophisme de ceux qui s’intéressent aux conséquences à long terme des activités humaines sur la biosphère. Les "révisionnistes" ont toujours recours aux mêmes techniques : le déni de preuve, et la confusion des genres. Cette soirée théma, en plus de regorger d’aberrations scientifiques peut avoir des conséquences qui nous font qualifier la direction d’ARTE d’irresponsable et d’inconsciente. Cette chaîne nous avait pourtant habitués à beaucoup plus de pertinence.

I. Première aberration : la remise en cause d’un fait scientifiquement établi et reconnu par les politiques comme étant très préoccupant.

Concernant les changements climatiques, la seule instance reconnue au niveau international et qui fait référence en matière scientifique est le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (le GIEC) qui fut pourtant à peine mentionné dans l’émission d’ARTE. Ce groupe d’experts délégué par l’ONU déclare dans son dernier rapport (2001) : " "De nouvelles preuves, mieux étayées que par le passé, viennent confirmer que la majeure partie du réchauffement observé au cours de ces 50 dernières années est principalement due aux activités humaines". Remettre en cause les conclusions du rapport du GIEC revient à remettre en cause les travaux des principaux laboratoires de recherche de la planète !

En donnant très largement la parole aux rares sceptiques (pour faire du sensationnel ?), le documentaire "Le temps est-il devenu fou ?" a pris des allures d’un festival mesquin de désinformation. Une des figures emblématiques de ces sceptiques M. Bjorn Lomborg est aujourd’hui complètement déconsidéré et officiellement accusée de malhonnêteté scientifique dans son pays, le Danemark. Le documentaire s’est ainsi doté d’une argumentation branlante et dépassée et s’est ensuite contenté de mettre en avant les positions américaines les plus extrémistes.

Présenter le changement climatique comme une manipulation des écologistes insulte la majeure partie de nos scientifiques, et nous espérons qu’ils prendront la parole pour vous l’exprimer, mais aussi toute notre classe politique : M. Raffarin n’a t-il pas trouvé la question climatique si importante qu’il faille lui consacrer un Plan Climat visant à réduire nos émissions de 75 % d’ici 2050 ?

Nous souhaiterions également signaler que même aux Etats-Unis et suite à l’attitude sceptique de G.W. Bush et son refus de ratifier le Protocole de Kyoto, les conclusions du rapport de l’US National Academie of Science (www4.nationalacademies.org/onpi/webextra.nsf/web/climate ?OpenDocument) affirment que les changements climatiques d’origine anthropique ne sont pas une simple lubie. De même, des Etats tels que la Californie ont pris l’initiative de s’engager dans cette lutte par des engagements de réduction.

II. Seconde aberration : des lacunes flagrantes

D’après les auteurs de l’émission, les plus grandes incertitudes planent sur les changements climatiques, mais en revanche les hypothèses économiques (1 million d’emplois en moins aux USA, mille milliards de dollars de coûts en ratifiant le Protocole de Kyoto) sont des certitudes jamais distanciées et ce sont toujours les scénarios du pire qui sont présentés. Le seul invité sur ce point avait manifestement partie liée aux intérêts qui prônent l’inaction.

Par ailleurs, les journalistes ont complètement omis l’autre revers de la médaille : le coût de l’inaction, les pollutions dues aux énergies fossiles, l’intérêt de développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Mais évidemment, sur ce dernier point, c’est une redistribution qui ne fait pas l’affaire de tous...

ARTE se serait-elle rendue complice des marchands de l’or noir sans peut-être en mesurer l’impact ?

III. Quelles sont les conséquences d’une émission irresponsable ?

La diffusion d’une telle émission n’est malheureusement pas sans conséquences.

ARTE a parfaitement le droit de gérer les thèmes qu’elle souhaite sur le ton qu’elle désire, elle ne doit cependant pas ignorer que ce genre d’émission peut briser les résultats d’un travail acharné des ONG et du gouvernement pour sensibiliser la population. C’est le fruit de plusieurs années d’efforts qui risque d’être remis en cause. Et les citoyens n’en sortiront pas gagnants, loin de là. Ils continueront à agir en provoquant des conséquences dont ils ignorent l’existence.

L’indifférence confuse face à la question climatique que conforte l’émission d’ARTE met en péril les populations de tous les pays notamment celles du Sud déjà les plus fragiles. Plus de 2 milliards de paysans dépendent directement de la régularité climatique naturelle, si imparfaite qu’elle soit, pour assurer leurs besoins quotidiens. L’absence de preuve n’est pas partagée par tous : les communautés affectées par des changements climatiques très inhabituels, tels les Inuits, affirment depuis une décennie que les émissions des pays industrialisés les forcent à quitter leurs terres.

Ces fausses controverses compromettent aussi l’application des solutions. La semaine dernière a eu lieu la "Semaine Verte" dans l’Union Européenne et la semaine du développement durable en France avec comme fil directeur : " changer les comportements ". Des solutions pratiques pour réduire les émissions de GES ont été diffusées auprès de la population, des solutions efficaces pour préserver la planète sans nuire à notre portefeuille et allant dans le sens de notre bien-être. Mais à quoi bon, dira-t-on, si on est sûr de rien !

En guise de conclusion : Consternation et déontologie journalistique

Nous avions pourtant accepté de consacrer du temps aux journalistes pour leur expliquer, raconter, illustrer le sujet, car notre objectif est de favoriser le débat de fond et la diffusion des connaissances sur ce problème. Mais le produit final est une caricature qui fait honte à la chaîne et à la profession.

Fi donc des conclusions du GIEC, fi du principe de précaution, fi de l’éthique et de l’équité.

La conférence des citoyens de 2002 sur les changements climatiques l’avait déjà souligné : la télé ne remplit pas son rôle d’information. Et aujourd’hui elle tend même à désinformer.

Question : les producteurs de cette émission ont-ils volontairement misé sur des propos unilatéraux dépassés pour provoquer une polémique "vendeuse" et/ou défendre certains intérêts ou alors est-ce de la véritable incompétence journalistique ? De toute manière, quelle que soit la réponse, les faits sont graves.

Le Réseau-Action-Climat France
2 B rue Jules Ferry, 93 100, Montreuil
Infos@rac-f.org
01 48 58 83 92

Le Réseau Action Climat France est une association spécialisée sur le thème de l’effet de serre et du changement climatique. Il est le représentant français du réseau mondial d’ONG concernées par les changements climatiques, le Climate Action Network, qui comprend plus de 300 membres sur les cinq continents. Il regroupe une vingtaine d’associations de défense de l’environnement, d’usagers de transport, et d’alternatives énergétiques.C’est une association loi 1901, reconnue par la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et reconnue association de protection de l’environnement par le gouvernement français.

Pour approfondir :

- critiques de Lomborg http://www.mylinkspage.com/lomborg.html et http://www.centre-cired.fr/actualit...
- site du GIEC : http://www.ipcc.ch/
- site de l’UNFCCC : http://unfccc.int/
- site de la Mission Interministérielle de l’Effet de Serre : http://www.effet-de-serre.gouv.fr/
- site du RAC-F : www.rac-f.org