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Accueil > Changements climatiques > Comprendre et réagir > Impacts et conséquences > Par zone géographiques > Afrique > Les scientifiques s’unissent pour comprendre la disparition de la mousson africaine
Les scientifiques s’unissent pour comprendre la disparition de la mousson africaine
date 24 octobre 2005
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Les scientifiques s’unissent pour comprendre la disparition de la mousson africaine

Sans bien s’en rendre compte, le monde a sous les yeux, depuis une trentaine d’années, l’exemple le plus édifiant des ravages que peut provoquer le réchauffement climatique.
La sécheresse dans les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, due à la raréfaction de la mousson africaine qui les irrigue chaque été, a durablement désorganisé la vie de ses habitants. Elle a modifié les paysages, rétréci considérablement le lac Tchad, tari certaines années le fleuve Niger à Niamey (Mali) et craquelé les sols. En fragilisant l’agriculture et la société rurale, elle a créé des migrations qui ont gonflé les flux vers le Nord ou pu contribuer à la déstabilisation politique de pays comme la Côte d’Ivoire. Au-delà de la menace permanente de famine, elle a renforcé certaines épidémies meurtrières facilitées par la vigueur de l’harmattan, le vent du nord chargé de poussières qui ne se heurte plus au barrage des orages d’été.

Etrangement, cette sécheresse d’une ampleur unique au XXe siècle a connu son heure de gloire médiatique, au début des années 1970, puis s’est effacée progressivement des préoccupations publiques alors que l’opinion commençait à prendre conscience des enjeux du réchauffement.

« Aujourd’hui, on parle beaucoup plus des risques, indéniables, qui pèsent sur la forêt amazonienne que des dégâts au Sahel », regrette Jean-Luc Redelsperger, directeur de recherche au Groupe d’étude de l’atmosphère météorologique (CNRS, Météo-France), et responsable du programme scientifique de l’Analyse multidisciplinaire de la mousson africaine (AMMA) lancé officiellement à Paris, vendredi 17 février. Plus de 60 laboratoires européens, africains et américains participent à ce projet dont l’objectif est de mieux prévoir, et de mieux faire connaître, ces pluies cycliques qui ne bénéficient pas de la notoriété de leurs soeurs d’Asie (la famille compte aussi des lointaines cousines en Australie et en Amérique du Sud).

Lorsque tout fonctionne correctement, la mousson africaine se forme au mois de juin et dure jusqu’à septembre. Le continent, surchauffé, aspire les masses d’air qui se sont chargées d’humidité au-dessus du golfe de Guinée.

Les systèmes orageux, appelés lignes de grains, traversent les pays côtiers pour se déverser, en juillet et août, au-dessus du Tchad, du Niger, du Mali ou de la Mauritanie, aux lisières du Sahara. Des rivières éphémères se forment qui n’auront pas la force d’atteindre les fleuves. Pour les végétaux du Sahel, ces précipitations sont d’autant plus cruciales que plus une goutte ne tombera durant le reste de l’année.

Les scientifiques ont une idée assez précise de ce qui dérègle ce mécanisme depuis plus de trente ans, même si certaines années demeurent très pluvieuses. Il y a d’abord le réchauffement très net des eaux du golfe de Guinée, lié au mouvement plus global qui frappe la planète. Le contraste de température avec le continent a ainsi tendance à s’estomper l’été et à amoindrir les flux vers les terres. L’autre cause est la déforestation qui sévit depuis plusieurs décennies dans certains pays de la côte. « En Côte d’Ivoire, par exemple, cela a pris des proportions impressionnantes, explique M. Redelsperger. Or la forêt est une immense réserve d’eau qui contribue fortement à humidifier et à réchauffer les masses d’air ».

Son recul affaiblit encore la mousson et boucle un cercle vicieux (moins de pluie, donc moins de forêt) qui ne fait qu’accélérer le mouvement général.

Cette désorganisation a fini par rendre la mousson africaine particulièrement erratique. Or la pénurie d’eau donne aux prévisions fiables une importance encore plus vitale, ne serait-ce que pour les agriculteurs. « S’ils plantent leur mil trop tôt, et que les premières pluies n’arrivent pas, les graines sont perdues », dit M. Redelsperger.

En mobilisant des experts de toutes disciplines - météorologie, agronomie, médecine, hydrologie, socio-économie, etc. - AMMA va tenter de mieux comprendre ces fluctuations, dans une zone cruciale pour l’équilibre climatique de la planète. Pour les promoteurs français du projet, le plus compliqué n’aura pas été de « faire bouger ces communautés scientifiques qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble », estime M. Redelsperger.

La course aux financements a absorbé beaucoup d’énergie, et ne garantit pas que les scientifiques des pays africains, très volontaires mais pénalisés par des budgets dérisoires, puissent prendre le relais des observations pour être en mesure de prévoir, à leur tour, l’arrivée d’une mousson de plus en plus ténue.

Le Monde, Jérôme Fenoglio, le 20.02.05