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Accueil > Politiques et mesures > Négociations internationales > Archives > Politiques climatiques par pays > Etats-Unis > Les maires américains s’investissent contre le réchauffement climatique
Les maires américains s’investissent contre le réchauffement climatique
date 12 juillet 2006
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Les maires américains s’investissent contre le réchauffement climatique

Reconnaissant que le réchauffement climatique pourrait très bientôt atteindre le point de non-retour et que le monde ne peut pas attendre que le gouvernement des États-Unis se décide à agir, des centaines de maires américains se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans leurs villes.

En signant le U.S. Mayors Climate Protection Agreement (accord des maires américains pour la protection du climat), ces maires, qui représentent 44 millions d’Américains, se sont engagés à ce que leurs villes atteignent ou dépassent les objectifs imposés aux États-Unis par le protocole de Kyoto en matière de réduction des émissions, malgré le refus du gouvernement fédéral de ratifier ce traité.

Cette révolution politique partant de la base, menée par Greg Nickels, maire de Seattle dans l’Etat de Washington, et soutenue par la Conférence des maires américains, répond aux inquiétudes montantes de l’opinion publique américaine. Elle appelle à une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012 jusqu’à un niveau inférieur à 7% par rapport à celui de 1990. Comme le dit Peter Clavelle, maire de Burlington dans le Vermont : "on ne peut pas attendre que ce vide politique se comble".

Depuis le 16 février 2005, date à laquelle le protocole de Kyoto est entré en vigueur dans les 141 pays qui l’ont ratifié, 227 grandes villes américaines ont rejoint l’accord des maires. Parmi elles figuraient les trois plus grandes villes du pays, New York, Los Angeles et Chicago. Le Nord-Est, la région des Grands Lacs et la Côte Ouest sont particulièrement bien représentés et la liste ne cesse de s’allonger.

Le groupe rassemble aussi bien les communautés qui s’intéressent aux problèmes de niveau mondial que celles qui s’inquiètent des impacts éventuels du changement climatique sur leur territoire. Par exemple, en Floride, une douzaine de villes situées sur la côte et menacées de destruction par des tempêtes et par l’élévation du niveau des mers ont signé l’accord. Le maire de la Nouvelle Orléans, Ray Nagin, a exprimé la même inquiétude lorsqu’il a signé l’accord pour sa ville en déclarant que l’augmentation des températures terrestres, en causant une montée des eaux qui pourrait atteindre 30,5 centimètres dans les 30 prochaines années, menace l’existence même de la Nouvelle Orléans. Et cette déclaration est antérieure à l’ouragan Katrina.

Le contenu des plans d’action et leur aboutissement varient selon les villes mais ils présentent des points communs : accroître l’efficacité des automobiles, améliorer les systèmes de transport en commun, limiter l’expansion urbaine et promouvoir la marche et le cyclisme. Les projets mettent en avant une utilisation et une production électrique plus efficaces, et les sources d’énergie renouvelables y jouent un rôle de premier ordre.

Le pari de Seattle de réduire ses émissions de gaz à effet de serre se traduit par une réduction annuelle de 683 000 tonnes, ce qui équivaut à retirer de la circulation 148 000 voitures par an. En mars 2006, la Commission Municipale du Ruban Vert a fait de nombreuses recommandations pour atteindre cet objectif. Localement, c’est la mairie qui montre l’exemple à suivre. Elle a déjà réduit les émissions de carbone provenant des activités municipales à un niveau inférieur de plus de 60% par rapport aux niveaux de 1990. Elle y est parvenue en partie grâce au remplacement d’un certain nombre des véhicules municipaux par des véhicules hybrides. En réduisant la consommation d’essence de ses véhicules de 7% entre 1999 et 2005, la municipalité a économisé au moins 300 000 dollars par an.

Seattle City Light est devenu le premier grand fournisseur d’électricité à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en 2005 en associant conservation d’énergie, énergie renouvelable (hydroélectricité principalement) et des compensations pour les émissions restantes. Pour tourner cette réussite à son avantage, la Commission du Ruban Vert recommande une amélioration de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et des normes strictes pour les nouvelles habitations afin qu’elles soient énergétiquement efficaces.

Au niveau de l’ensemble de Seattle, les 400 000 véhicules immatriculés dans la ville sont le premier producteur de gaz à effet de serre. La commission offre plusieurs suggestions pour réduire la dépendance automobile : augmenter l’accès aux transports en commun fréquents, fiables et pratiques, qui pourraient être financés en partie par de nouvelles routes régionales payantes et par une nouvelle taxe sur le stationnement des véhicules utilitaires ; encourager le co-voiturage ; créer des pistes et des chemins cyclables supplémentaires ; améliorer les trottoirs et les passages piéton ; et développer des quartiers “compacts et verts” construits pour les piétons et non pour les voitures. Sachant qu’à Seattle l’habitant moyen passe l’équivalent de plus d’une semaine de travail dans les embouteillages chaque année, de telles mesures présentent l’avantage d’améliorer grandement la qualité de vie des habitants.

Pour réduire les émissions de carbone provenant des véhicules restant en circulation, la commission soutient les limites sur les émissions de gaz d’échappement automobiles polluants (qui sont maintenant imposées par les normes californiennes sur les voitures propres adoptées par l’état de Washington en 2005) ainsi qu’une utilisation accrue des bio-carburants. La réduction des émissions provenant des camions, des trains et des navires à moteur diesel améliore également la qualité de l’air dans la région et favorise la diminution des cas d’asthme et des maladies respiratoires.

L’installation de panneaux solaires sur les toits et l’utilisation de chauffe-eau munis de pompes à chaleur font partie des suggestions avancées pour aller plus loin que les objectifs de Kyoto. Parmi d’autres innovations qui figurent sur la liste de la commission, on trouve une assurance automobile à forfait pour décourager les trajets inutiles, et des véhicules à chargement électrique pour les petits trajets, utilisant de préférence de l’électricité provenant de sources renouvelables - une voiture qui ne consommerait que 3 litres aux 100 kilomètres.

Parmi les autres grandes villes qui ont adhéré à l’accord des maires, Portland, dans l’Oregon, a l’un des plans les plus avancés pour le changement. En 1993, Portland est devenue la première grande ville américaine à développer un plan d’action contre le réchauffement global. À présent, Portland et le reste du conté de Multnomah ont pour objectif d’ici 2010 de réduire les émissions de gaz à effet de serre à un niveau inférieur de 10% aux niveaux de 1990. Si le conté de Multnomah avait continué ses activités habituelles, ses émissions s’élèveraient aujourd’hui à plus de 12 millions de tonnes de dioxyde de carbone ; cependant, grâce à sa volonté de réduire la production de gaz à effet de serre, les derniers chiffres indiquent que les émissions sont tombées à 9,7 millions de tonnes, juste 1% de plus qu’en 1990.

Portland a réussi à augmenter l’utilisation des transports en commun de 75% depuis 1990. Cette augmentation a été facilitée en partie par la création de nouvelles lignes importantes de train léger et la remise en service en 2001 d’un tramway dans le centre-ville, un retour au temps du trolleybus que les bus à moteur diesel et les voitures individuelles avaient supplanté. Les employés municipaux reçoivent des cartes de bus mensuelles ou bénéficient de stationnements gratuits s’ils utilisent le co-voiturage. Les entreprises qui subventionnent le stationnement des voitures de leurs employés sont encouragées à subventionner également l’utilisation des transports en commun. La ville dispose en outre de 430 kilomètres de pistes cyclables qu’elle espère doubler dans les 10 prochaines années.

En 2002, le conté de Multnomah a établi des normes en matière d’efficacité énergétique pour l’éclairage, le chauffage et la climatisation, les appareils électroménagers et les ordinateurs personnels. Dans toute la ville de Portland, les feux de circulation ont été convertis aux ampoules LED (light-emitting diode) qui réduisent de 80 % l’utilisation d’énergie, ce qui permet d’économiser plus de 500 000 dollars par an en coûts d’énergie et de maintenance. De plus, la ville étudie actuellement la possibilité d’alimenter toutes ses installations grâce à l’énergie éolienne.

Ailleurs, dans les bureaux municipaux et régionaux de Salt Lake City, Utah, on a remplacé les ampoules à incandescence inefficaces par des ampoules compactes fluorescentes qui utilisent un tiers d’énergie en moins et durent dix fois plus longtemps. Dans la ville de St. Paul, Minnesota, où il peut faire froid, la plupart des bâtiments du centre-ville sont chauffés par un système de cogénération. À Washington DC, 414 bus à moteur diesel ont été remplacés par des bus plus propres roulant au gaz naturel comprimé. Et Austin, au Texas, se tourne rapidement vers les énergies éolienne et solaire pour atteindre, d’ici 2020, son objectif d’obtenir 20% de ses besoins énergétiques de sources d’énergie renouvelables et 15% par des améliorations de l’efficacité énergétique.

La réponse au vide laissé par Washington en ce qui concerne le climat ne se limite pas aux grandes villes. Les États et les entreprises y participent également. Le défi est maintenant de multiplier ces initiatives et de les pousser plus loin. Alors que les États-Unis représentent 5% de la population mondiale et produisent un quart des émissions de gaz à effet de serre, il n’existe pas de substitut à une action menée par le haut.

Auteur :
Janet Larsen pour Earth Policy Institute - 28/06/2006
Traduit de l’anglais par Julie Bartoli pour Planète Urgence