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Accueil > Changements climatiques > Comprendre et réagir > Impacts et conséquences > Par zone géographiques > Régions polaires > Les glaces du Groenland disparaissent à une vitesse accélérée
Les glaces du Groenland disparaissent à une vitesse accélérée
date 17 août 2005
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Les ministres de l’Environnement de vingt-cinq pays réunis dans l’Arctique autour de l’effet de serre

Les glaces du Groenland disparaissent à une vitesse accélérée

Depuis hier, et pour quatre jours, une réunion informelle sur le réchauffement
climatique de l’Arctique, organisée par le ministre danois de l’Environnement Connie
Hedegaard, se déroule au Groenland (territoire danois de l’océan Arctique). Les
ministres de l’Environnement de 25 pays industrialisés (États-Unis, Inde, Brésil,
Chine, Japon, Europe) doivent discuter à huis clos des conséquences du changement
climatique dans la région polaire, particulièrement sensible à ce phénomène. En
novembre dernier, un rapport de l’Arctic Climate Impact Assessment (Acia) dressait
un constat édifiant : l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la
planète. Pour le ministre danois, ce rendez-vous apparaît ainsi comme un « préparatif
essentiel » à la 11e conférence des Nations unies (ONU) sur le climat qui aura lieu
au Canada en décembre prochain.

Dans les prochains siècles, le Groenland - « Terre verte » en danois - pourrait plus
que jamais mériter son nom. La calotte glaciaire, qui recouvre 82% de ce territoire
de plus de 2 millions de kilomètres carrées, se réduit en effet d’année en année
sous la pression du réchauffement climatique imputable à l’augmentation des gaz à
effet de serre émis par l’homme depuis plus de 100 ans. C’est en tout cas l’avis de
la majorité des scientifiques. Pour Philippe Huybrechts, glaciologue à l’université
libre néerlandophone de Bruxelles, la totalité de la glace groenlandaise pourrait
avoir disparu dans un millier d’années si le changement climatique se poursuit au
rythme actuel (1).

Les régions arctiques sont particulièrement sensibles à la hausse globale des
températures. Selon l’Acia, la température moyenne de l’Arctique pourrait gagner de
4 à 7 °C d’ici à 2100. Alors que les scénarios établis par le Groupe international
d’experts sur le climat (Giec, IPCC en anglais) mandatés par l’ONU prévoient une
augmentation de 1,4 à 5,8 °C pour l’ensemble du globe. « C’est une histoire de
réflexion de la lumière par la glace ou plutôt par la neige (l’albédo, NDLR) qui
s’accumule d’année en année, explique Dominique Raynaud, du CNRS. Si davantage de
glace fond chaque année, c’est autant de lumière du Soleil en moins qui est
réfléchie et autant en plus qui est absorbée par la surface continentale. Et le
réchauffement peut aller ainsi en s’amplifiant. »

Au Groenland, le phénomène semble s’être amorcé depuis le début des années 90. La
hausse des températures s’accompagne d’un déficit des précipitations neigeuses en
hiver par rapport à la fonte de la calotte en été. Ce serait ainsi environ 80
kilomètres cubes de glace (pour un volume total estimé à trois millions de
kilomètres cubes) que perdrait le territoire danois chaque année. Et, estime
Philippe Huybrechts, si la calotte venait à perdre 20% de son volume actuel, le
processus ne serait plus réversible.

Sur place, le phénomène est bien visible. Une longue enquête du New Yorker publié
dans Courrier International (13 juillet 2005), détaille les observations des
chercheurs. Autour de Swiss Camp (une base scientifique installée depuis 1990), les
mesures GPS ont révélé que la glace s’écoulait vers l’océan à raison de 33 cm par an
en 1996. Ce rythme atteignait 50 cm par an en 2001. Cela serait dû à l’infiltration
des eaux de fonte de surface qui joueraient alors le rôle de lubrifiant. Non loin de
ce lieu, l’immense glacier Jakobshavn Isbrae s’écoulait en 1992 à la vitesse de 5,5
km par an. En 2003, cette vitesse est passée à 12,5 km par an. Un constat fait
également en juillet dernier par l’organisation écologiste Greenpeace sur le glacier
Kangerdlussaq qui serait avec une vitesse de 14 km par an le plus rapide au monde.

Pour les scientifiques, rien de bon n’est à attendre de la fonte du Groenland.
Depuis un siècle, le niveau moyen des océans a augmenté à l’échelle planétaire d’une
quinzaine de centimètres et il pourrait le faire encore de 10 à 90 cm dans 100 ans.
Beaucoup accordent au Groenland une part non négligeable dans cette montée des eaux.
Certains climatologues prévoient ainsi une hausse de 6,5 cm due à la fonte de la
région arctique danoise d’ici à 2100. Dans le pire des scénarios, celui de la fonte
totale du Groenland, l’effet serait dramatique : une hausse de 7 mètres du niveau
des océans.

Mais ce n’est qu’une hypothèse que les chercheurs tentent actuellement de vérifier.
Ils s’appuient pour cela sur les carottes de glace prélevées depuis 1989 au centre
du Groenland. Les bouts de glace âgés de plus de 120 000 ans ont montré que la
planète avait connu à cette époque un réchauffement sans précédent, plus important
même que le réchauffement actuel. On sait aussi que le niveau des océans était alors
de 5 à 7 mètres supérieur au niveau actuel. Pour les climatologues, seuls
l’Antarctique et le Groenland ont pu jouer un rôle dans ce phénomène. Voilà pourquoi
il est important de surveiller ces régions révélatrices des changements climatiques
à venir.

Pour les peuples indigènes de l’Arctique, le réchauffement est déjà une réalité. Les
glaces apparaissent de plus en plus tard et se retirent de plus en plus tôt, ce qui
raccourcit considérablement la saison de chasse. Au Groenland, des chasseurs ont
ainsi été contraints d’abattre certains de leurs chiens de traîneau, faute de
pouvoir les nourrir.

(1) Nature, 8 avril 2004.

Julien Bourdet
Le Figaro, 17 août 2005