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Accueil > Secteurs d’activités > Energie > Captage et stokage du carbone > Les experts de l’ONU recommandent l’enfouissement du gaz carbonique.
Les experts de l’ONU recommandent l’enfouissement du gaz carbonique.
date 20 septembre 2005
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Les experts de l’ONU recommandent l’enfouissement du gaz carbonique.
Du CO2 séquestré sous terre pour lutter contre l’effet de serre

Dans vingt ans, chaque centrale électrique au charbon ou au gaz pourrait se voir affublée d’un équipement aussi gros qu’elle, destiné à séparer le gaz carbonique de ses fumées puis à l’envoyer, par gazoduc ou navire géant, vers un site d’enfouissement géologique. Cacher ce gaz que l’on ne veut pas voir dans l’air, c’est une idée proposée par les géologues devant le défi du changement climatique. Pas la panacée mais, insiste Michèle Pappalardo, présidente de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), une idée « complémentaire des économies d’énergie et du recours aux renouvelables ». Le potentiel théorique ? La moitié des émissions de gaz carbonique serait concentrée à la sortie de centrales électriques ou d’usines (sidérurgie, cimenteries...), donc récupérable. Et le sous-sol recèle suffisamment de capacités de stockage. Fortement soutenue par les industriels, pétroliers et charbonniers en tête, cette idée vaut-elle les grands travaux qu’elle suppose ?

Copier la nature.

Réunis jeudi et vendredi à Paris, 350 scientifiques, industriels, économistes ou responsables publics se sont penchés sur la question, aidés par un rapport du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (1). Le rapport donnera un « feu vert à cette option qui offre une maturité technologique, démontrée par des expériences en cours, et un potentiel à la hauteur des émissions », affirme Jacques Varet, directeur de la prospective au BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières) et l’un des rédacteurs du rapport.

Les géologues se contentent de copier la nature... ou Gaz de France. « Le stockage géologique du CO2 existe à l’état naturel, explique Isabelle Czernichowski-Lauriol (BRGM), parfois à l’échelle de milliards de tonnes comme aux Etats-Unis. En France, le gisement de Montmiral, dans la Drôme, contient un CO2 très pur, à 97 %, exploité pour l’industrie. » Quant à l’industrie gazière, elle gère des stockages souterrains de gaz : 164 milliards de mètres cubes dans le monde pour 500 sites. Mais il y a loin de ces analogues naturels et de ces sites temporaires à un enfouissement généralisé du CO2 sorti d’usine. Pas question de risquer des remontées subites, susceptibles de provoquer de graves accidents, le CO2 étant mortel à fortes concentrations le dégazage brutal du lac Nyos, au Cameroun, en 1986, a fait 1 700 morts. Ou des fuites plus faibles mais constantes réduisant à néant l’effet climatique recherché.

Les contraintes géologiques ne sont pas minces. Il faut dénicher les bons sites de stockage. Les aquifères salins (impropres à la consommation) offrent le plus de capacités. Les veines de charbon inexploitées semblent sûres, le CO2 s’y adsorbe. Les gisements de pétrole ou de gaz épuisés ou en cours d’exploitation seront probablement les premiers choisis. Les pétroliers poussent cette idée, y voyant le moyen d’une « récupération assistée du pétrole directement rentable », se méfie Jacques Varet. Des sites à plus de 800 mètres de profondeur, pour garantir températures et pressions favorables. Des sites recouverts de roches imperméables, pour assurer un confinement de plusieurs siècles. Si des études génériques sont indispensables, « il faudra étudier des milliers de sites à fond, chacun en particulier », prévient Pierre Le Thiez, de l’Institut français du pétrole, afin de s’assurer de leurs caractéristiques, démontrer la sûreté puis organiser une surveillance de longue durée.

Surcoût.

Les technologies de séparation ou de transport ne posent pas de problème de principe. Les ingénieurs savent séparer le CO2 après combustion (par fixation sur un solvant liquide ou un solide), ou avant, ce qui suppose la combustion sous oxygène pur. La difficulté, reconnaissent-ils, c’est le prix et la régénération du processus. Difficile de doubler ou tripler les coûts de production de l’acier, du ciment, de l’électricité. D’où l’objectif du projet européen Castor (2) de réduire les coûts de capture (énergétiques surtout) à 15-20 euros la tonne de CO2. Ajouté au transport et au stockage, un tel surcoût ne pourra s’imposer que par une réglementation ou face à une taxation de l’émission de CO2 à un coût supérieur. Ce qui suppose une action vigoureuse des gouvernements et la conclusion d’accords internationaux du type du protocole de Kyoto de très longue durée. Le défi scientifique, technique, financier et juridique interdit d’espérer une généralisation de la capture et du stockage avant vingt ans au minimum.

Les industriels (3), surtout ceux du secteur pétrolier et gazier, sont prêts à se lancer. Certains flairent la bonne affaire : récupération accrue de pétrole, accès à un futur marché international de permis d’émissions. Mais « les pouvoirs publics doivent être associés au développement des technologies de stockage », soulignait au colloque le ministre délégué à l’Industrie, François Loos. Ces opérations nécessitent « une réglementation rigoureuse et précise relative au choix, à l’usage et à la surveillance des sites ». Faute de quoi, ils risquent de se heurter à l’opposition des populations.

Le charbon gagnant.

Sur la longue durée, le grand gagnant de cette option serait le charbon dont la consommation mondiale a été multipliée par 2,5 depuis 1950. Mieux réparti, plus abondant, et donc moins cher à moyen terme, que le pétrole et le gaz, c’est lui qui « domine la problématique des émissions au-delà des années 2050 en terme de ressources », rappelle Jacques Varet. Etats-Unis, Chine, Inde, Australie, Canada, les grands pays charbonniers sont concernés au premier rang. La France possède une autre carte à jouer, la valorisation de ses compétences en géosciences et en technologies. BRGM et IFP sont ainsi très actifs dans le réseau européen CO2 net et dans les deux expériences majeures en cours en mer du Nord (plate-forme pétrolière Sleipner) et aux Etats-Unis. L’Agence nationale de la recherche a lancé un appel d’offres de 10 millions d’euros sur le sujet et François Loos soutient l’idée d’un pilote de stockage proposé par le BRGM pour le Bassin parisien.

- (1) La version finale devrait être publiée rapidement.
- (2) Capture de CO2 (centrale au charbon, Danemark) et quatre sites géologiques (Espagne, Norvège, Autriche et Pays-Bas).
- (3) Total, Air Liquide, BP, Schlumberger...

Par Sylvestre HUET
mardi 20 septembre 2005
http://www.liberation.fr/page.php?A...