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Le réchauffement n’engloutira pas les îles Tuvalu, mais...
date 1er octobre 2004
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Le réchauffement n’engloutira pas les îles Tuvalu, mais...

La montée des eaux va-t-elle rayer de la carte l’archipel des Tuvalu ? Sans doute pas. Le réchauffement planétaire apportera d’autres maux, à commencer par des cyclones plus violents.

Le changement climatique est en passe de faire disparaître l’archipel des Tuvalu, l’un des plus petits Etats du monde. L’élévation du niveau de la mer et les puissantes tornades ont commencé à mettre les îles en péril ; Tuvalu risque de devenir inhabitable ou de disparaître entièrement d’ici à quelques dizaines d’années. Les îles Tuvalu, disséminées sur plus de 1,3 million de kilomètres carrés au milieu du Pacifique Sud entre Hawaii et l’Australie, sont si basses - 4,5 m au-dessus du niveau de la mer - qu’il est facile d’imaginer les vagues les submergeant. L’année dernière, le Premier ministre, Saufatu Sapo, a déclaré aux Nations unies que le réchauffement de la planète constituait une menace qui s’apparente à une “forme de terrorisme lente et insidieuse”. Des scientifiques indépendants font également des prévisions alarmantes. Pendant ce temps, les Tuvaluans se préparent à abandonner leur terre natale.

Une nouvelle Atlantide ? Peut-être. Mais tous les scientifiques ne pensent pas que Tuvalu soit véritablement menacé d’engloutissement. En fait, la montée des eaux n’est qu’un aspect du problème. Selon les simulations informatiques, la température devrait augmenter de 1,5 °C à 6 °C d’ici à 2100. Selon les prévisions les plus basses, l’augmentation de la température serait plus de deux fois supérieure à celle qui s’est produite au cours du XXe siècle. Les simulations prévoient également que le niveau des océans s’élèvera de quelque 9 centimètres à 88 centimètres au cours du XXIe siècle, et qu’il continuera à monter dans les siècles à venir. Une élévation de 30 centimètres suffirait à provoquer un recul du littoral de 29 mètres en moyenne.

La montée du niveau des océans est en majeure partie due au fait que l’eau se dilate sous l’effet de la chaleur ; elle est aussi causée par la fonte des glaciers et de la calotte glaciaire. Il est toutefois difficile de mesurer avec précision le niveau des océans ; ce problème scientifique peut rapidement devenir une question politique, comme l’ont constaté récemment les Tuvaluans.

Sur les quais de Funafuti, l’atoll principal, se trouve une structure évoquant un siège de toilettes portables entourée d’une clôture grillagée. C’est l’une des douze stations de surveillance du Pacifique que l’Australie a installées en 1992 pour “mesurer le niveau de la mer et les paramètres météorologiques associés”. La controverse a commencé en 2000 lorsque Wolfgang Scherer, le directeur du National Tidal Centre (NTC) [centre d’observation des marées], a déclaré qu’après sept ans d’observations et de mesures rien ne permettait d’affirmer que les eaux montaient. Tuvalu a reçu une vraie gifle : le NTC annonçait que le niveau de la mer à Funafuti avait en réalité baissé de 8,7 cm depuis 1993.

Cette annonce a provoqué chez certains l’incrédulité quant aux inquiétudes des Tuvaluans. Les dirigeants du pays venaient de demander à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande de leur accorder le statut de réfugiés climatiques. Les sceptiques considèrent maintenant ces pressions comme un stratagème pour favoriser les perspectives économiques des Tuvaluans à l’étranger. Et les “gouvernements comme ceux de l’Australie et des Etats-Unis, qui refusent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ont repris courage”, rappelle Patrick Nunn, géographe à l’université du Pacifique Sud, dans les îles Fidji.

Mais le rapport du NTC ne précise pas clairement pourquoi le niveau de l’océan à Tuvalu baisse. En fait, c’est le passage - en 1997 et 1998 - particulièrement puissant d’El Niño [une perturbation périodique de l’océan et du système atmosphérique dans le Pacifique Sud, qui déplace les eaux chaudes vers l’est] qui a temporairement fait remonter Tuvalu de quelques centimètres. John Hunter, océanographe à Hobart, en Tasmanie, a procédé à une nouvelle analyse des mesures du NTC en les combinant avec d’autres données. Il en a conclu que le niveau de l’océan à Funafuti montait, en réalité, au même rythme que dans le reste du monde. Il a aussi découvert que l’écart entre les maxima et les minima des marées se creusait chaque année. En décembre dernier, les données de la station de Funafuti montraient que le niveau de la mer avait monté en moyenne de 0,5 cm par an au cours des dix dernières années.

Rien n’est simple, et le débat continue. Paul Kench, géographe travaillant en Nouvelle-Zélande, ne remet pas en question la perspective d’une future montée des eaux. Mais, pour autant, selon lui, les îles de faible altitude comme Tuvalu ne seront pas nécessairement submergées. “Tout le monde pense que toutes les îles sont pareilles, déclare-t-il. Les gens s’imaginent qu’il s’agit de gros blocs de béton immobiles qui se retrouvent automatiquement noyés lorsque l’eau monte.” Mais les îles ne sont pas statiques. Tuvalu et les autres atolls - des îles coralliennes en forme d’anneau autour d’un lagon - sont particulièrement dynamiques. Les morceaux de corail qui se détachent des récifs sont projetés vers le rivage. “L’histoire de la plupart de ces petits Etats le montre ; les îles grandissent, s’érodent ou se modifient en réaction aux tempêtes ou aux cyclones.” Selon Paul Kench, le cyclone Bebe de 1972 a ainsi fait grandir quelques petites îles en y apportant des rocailles.

Les scientifiques pensent généralement qu’à mesure que le niveau des océans monte le sable et les graviers se désagrègent au fond de la mer, tandis que le littoral recule ; selon ce principe, un endroit comme Tuvalu finirait par disparaître sous la montée des eaux. “Je n’en crois pas un mot”, affirme Paul Kench. Selon lui, lorsque de fortes tempêtes ou les eaux montantes font déferler les vagues sur un petit atoll, elles peuvent déposer du sable et des sédiments sur toute la surface de l’île. “C’est ce qui se passe pour les bancs de sable au large de la côte Est des Etats-Unis”, explique M. Kench, qui a procédé à des simulations pour des atolls comme Tuvalu. “On constate que les vagues modifient la forme de l’île et la font parfois s’éloigner de la barrière de corail, mais ne la font pas disparaître.”

Reste ce problème : selon la plupart des chercheurs, l’augmentation du taux de dioxyde de carbone dans l’eau [conséquence de l’augmentation de sa concentration dans l’atmosphère] ralentira la formation des récifs de corail qui forment la barrière vivante protégeant la côte. Par ailleurs, l’élévation des températures détruira nombre d’espèces coralliennes, ce qui laissera le littoral encore plus vulnérable qu’auparavant.

Toujours est-il qu’à Tuvalu certaines autres manifestations du changement climatique constituent à court terme une menace plus sérieuse que la montée des eaux.
“Nous constatons déjà une recrudescence de phénomènes climatiques extrêmes, bien que les analyses des données ne soient pas achevées”, déclare Jim Salinger. Ce climatologue néo-zélandais est membre du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat et spécialiste du Pacifique Sud. Il cite un exemple pour montrer que le réchauffement de la planète, si faible soit-il, peut avoir des conséquences désastreuses. “Plus l’atmosphère est chaude, plus les pluies sont violentes. Mais, lorsqu’il ne pleut pas, tout s’assèche plus rapidement parce qu’il fait plus chaud. Il y a à la fois plus d’inondations et plus de sécheresses.

” Le réchauffement de la planète pourrait également intensifier le phénomène El Niño, ce qui serait problématique pour Tuvalu, parce qu’“El Niño pousse les cyclones vers l’atoll”, signale Jim Salinger. Les prévisions de Kathleen McInnes, chercheuse à l’Organisation australienne de recherche scientifique et industrielle, sont tout aussi troublantes. “Quand les températures sont plus élevées, les cyclones sont plus violents, les tempêtes et les vagues sont plus fortes. Or Tuvalu est un volcan immergé, sa forme ne lui permet pas de dissiper l’énergie des vagues.”

La population a plus que doublé depuis 1980

Des actions très locales sont aussi en cause : Mataio Tekinene, responsable de l’environnement de l’Etat, montre l’endroit d’où vient le corail qui a servi à construire les pistes d’atterrissage, les digues et une dizaine d’autres projets datant de la Seconde Guerre mondiale ; des cratères profonds dans le sol de corail poreux, aujourd’hui remplis d’eau croupie et de divers déchets. Mais l’armée américaine n’est pas la seule coupable. Selon Mataio Tekinene, les habitants, en prélevant des roches, des graviers et même du sable pour leurs constructions, ont favorisé l’érosion. Aujourd’hui, les matériaux destinés aux grands chantiers sont obligatoirement importés.

Les organisations internationales d’aide ont aussi leur part de responsabilité. Elles ont notamment encouragé, à tort, les Tuvaluans à combler une digue avec des rochers apportés sur le rivage par un cyclone.
La digue a été détruite, et la côte, autrefois protégée par les rocailles amenées par le cyclone, est aujourd’hui complètement à nu.
De plus, la démographie explose. Depuis 1980, la population de Funafuti est passée de 2 000 à 4 500 habitants, soit environ la moitié de la population totale de Tuvalu. “Il est difficile de séparer les effets environnementaux causés localement par les habitants de ceux créés par les sociétés humaines hors de Tuval", déclare Mataio Tekinene. En un sens, la situation de l’archipel reflète celle de la planète.
On y fait aussi peu de cas de l’environnement que dans la plupart des autres pays plus importants. Mais sa fragilité, son isolement, sa pauvreté en ressources naturelles et sa basse altitude font que Tuvalu a moins le droit à l’erreur que les autres. Les conséquences se feront sentir plus rapidement, et avec plus de force.

Leslie Allen

Smithsonian Magazine