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Accueil > Changements climatiques > Réponses aux sceptiques > Réactions & droits de réponse > Le protocole de Kyoto est moribond, achevons-le !
Le protocole de Kyoto est moribond, achevons-le !
date 15 juillet 2004
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VOIR la réponse de Jean-Louis FELLOUS à cet article.

VOIR la réponse de Jean Jouzel à cet article.

LE MONDE : CHRONIQUE DE L’ÉCONOMIE

Article paru dans l’édition du 04.07.04

Le protocole de Kyoto est moribond, achevons-le !

D’un côté , ce n’est pas pour déplaire à son ego : l’Europe, féconde en missionnaires, croit pouvoir "montrer l’exemple" au monde entier. Mais de l’autre, sa solitude commence à créer beaucoup de grincements. L’Union européenne est la seule à avoir engagé les mécanismes conduisant à une réduction d’ici à 2012 de ses émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à 1990. Après le refus de George W. Bush de ratifier le protocole de Kyoto de 1997, la lutte mondiale contre le réchauffement climatique repose sur la seule bonne volonté européenne. Est-ce là un humanisme admirable ou naïf ?

L’adhésion de la Russie au protocole de Kyoto est juridiquement décisive : 111 pays seulement l’ont officiellement adopté, représentant 44 % des émissions mondiales, et, après le refus des Etats-Unis, seul le pays de Poutine, qui représente 17,7 % des émissions, peut permettre d’atteindre les 55 % nécessaires. Sans cela, nombre de mécanismes du protocole seraient caducs. D’où la pression exercée par l’Union européenne sur la Russie : candidate à entrer dans l’Organisation mondiale du commerce, elle n’aura l’appui européen que si Moscou signe le protocole de Kyoto.

GRINCEMENTS

L’adhésion russe sera juridiquement décisive, mais concrètement sans grand intérêt. Les promesses de M. Poutine peuvent être mises en doute ; surtout en matière énergétique ; surtout obtenues dans ces conditions. En tout état de cause, l’effort russe sera très limité.

Le protocole est en réalité moribond. Les grincements commencent à se faire entendre. En Grande-Bretagne, la Chambre des lords vient de rappeler que "le réchauffement mondial ne peut être combattu que par une action mondiale" et que "le protocole de Kyoto ne peut être mis en route sans la ratification des Etats-Unis ou de la Russie, de préférence les deux". En France, le Medef a pris la parole pour qu’on y réfléchisse à nouveau. A Bruxelles et dans les autres capitales, commissaires et ministres disent tout bas que l’Europe est tout simplement "en train de se faire avoir".

Leurs arguments ? Ecologique d’abord. Kyoto n’a toujours été considéré que comme le début d’un mouvement, comme une première étape très limitée : la hausse des températures attendues d’ici à 2100 à cause de l’effet de serre devrait, selon les calculs, être comprise entre 1,4 °C et 5,8 °C. Or la mise en œuvre du protocole devait permettre de réduire de 0,15 °C cette hausse. C’est bien peu.

REGARDER L’ADDITION

Si seule l’Europe de l’Ouest (responsable de 20 % des émissions) l’applique, on ne gagnerait donc qu’une fraction de ce petit chiffre. L’Europe peut vouloir "donner l’exemple", mais elle est trop petite pour avoir, seule, un effet sur le climat. Autrement dit, l’effet écologique de notre effort sera nul.
Le coût économique, lui, ne le sera pas. En termes d’équipement de traitement des gaz, mais, surtout, en termes de production et d’emploi : si la croissance est forte et si le plafond autorisé de CO- est atteint, les industriels délocaliseront les unités dans les pays du tiers-monde qui ont été exemptés d’effort à Kyoto. Qu’il faille payer pour nettoyer le ciel, tout le monde en convient. Mais pas sans regarder l’addition.

"Le vrai problème, explique un PDG concerné, c’est la date de 2012. Elle n’est pas pertinente d’un point de vue environnemental, on n’arrête pas les évolutions climatiques en dix ans. On va faire des dépenses inutiles." Et de mettre en avant la stratégie américaine : les Etats-Unis ont dit non à Kyoto, mais ils ont accru leurs efforts de recherche dans toutes les directions : énergies de remplacement, traitement des gaz, etc. Au total, ils y consacrent quatre fois plus d’argent que tous les Européens réunis.
Un ministre français résume : "Les Européens se font rouler. Ils dépensent aujourd’hui, les Américains investissent, et quand leur industrie de dépollution sera prête, ils diront : bon, maintenant, on réduit nos émissions, et tous les pays doivent le faire comme nous."
Björn Lomborg, écologiste danois en rupture de ban (L’Ecologiste sceptique, éditions du Cherche-Midi), va très loin dans cette remise en cause de Kyoto. Il dénonce le catastrophisme ambiant en matière de climat qui a poussé les politiques à prendre des décisions irraisonnées : "Kyoto a un coût équivalent à 2 % du PIB mondial, or, même signé par les Etats-Unis, il ne fera gagner que six ans sur le réchauffement prévu dans les cent ans qui viennent. Avec cette immense somme d’argent, on pourrait aider les pays pauvres bien plus utilement en leur donnant accès à l’eau, à l’éducation, à la trithérapie contre le sida..." "Avant 2050, ajoute-t-il, beaucoup de ces pays auront un niveau de développement qui leur permettra d’accepter eux aussi de réduire leurs émissions" et de signer un nouveau protocole.

STRATÉGIE AMÉRICAINE

Les critiques vont en général moins loin que lui. Le consensus se fait sur la réalité du réchauffement climatique, sur l’accélération très forte due à l’activité humaine et sur la gravité du phénomène. Personne ne doute qu’il faut faire quelque chose et que l’esprit de Kyoto, la terre cause commune, est à préserver. Mais les critiques portent sur le type de solution de Kyoto : engager, très vite, des réductions de production. La stratégie américaine - attendre un peu pour agir plus fort - paraît, au bout du compte, plus efficace. Et d’évoquer un Kyoto 2, appuyé sur de nouvelles technologies, exigeant un effort plus important et, cette fois-ci, partagé, mais inspiré, surtout, par une philosophie exempte de tout malthusianisme.

VISIONS APOCALYPTIQUES

Les écologistes ont fait de Kyoto un tabou : ils n’ont pas forcément tort de dénoncer une manœuvre dilatoire. Remettre l’effort au lendemain peut être suspect. Mais ils devraient comprendre qu’ils ont tort, eux, d’avoir cru être parvenus, par le biais du climat, à engager le monde vers un modèle différent de développement. Illusion.
Illusion pour le tiers-monde, qui réclame de consommer. Illusion pour les pays riches, qui n’acceptent pas les retours en arrière. L’écologie ne peut pas se définir contre l’économie, l’environnement ne se préservera pas aux dépens du développement. Cette écologie accrochée à ses visions apocalyptiques du futur de la Terre perdra toujours la partie. Seul le progrès est la solution aux dégâts du progrès.

Eric Le Boucher

Cette chronique s’interrompt pendant l’été et reprendra dans "Le Monde" daté 5-6 septembre.