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Le Canada perd la face à Bonn
date 16 mai 2006
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Le Canada perd la face à Bonn

Le Devoir.com, mardi 16 mai 2006

Le Canada a perdu la face devant la communauté internationale, hier à Bonn, alors que la ministre canadienne de l’Environnement, Rona Ambrose, inaugurait la conférence des pays liés par le protocole de Kyoto et la Convention sur les changements climatiques tout en soulevant des doutes sur le réalisme des objectifs de réduction patiemment négociés pendant dix ans.

Stephen Harper a dû faire face à la tempête hier, aux Communes, non seulement en raison de l’attitude adoptée par le Canada à la conférence de Bonn sur les changements climatiques, mais aussi pour l’accueil cavalier réservé au Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf.

Des dizaines de délégations ont été sidérées d’apprendre par ailleurs que le Canada, qui préside le lancement des négociations sur les réductions de gaz à effet de serre après 2012, ne s’engageait plus à atteindre l’objectif de ramener ses émissions au niveau de 6 % sous le seuil de 1990, convenu à Kyoto en décembre 1997 et ratifié par loi du Parlement en 2004. Plusieurs délégués demandaient aux groupes écologistes canadiens de leur expliquer ce qu’il s’était passé depuis la conférence de décembre dernier alors que la communauté internationale saluait le « leadership canadien », une image qui s’est effondrée hier.

Néanmoins, les grandes délégations n’ont pas voulu stigmatiser l’attitude du Canada, désormais « classé dans le sillage de l’administration Bush » par les stratèges de l’Union européenne, expliquait officieusement un proche de cette délégation. Mais, selon ce dernier, l’Union européenne, qui tire en avant la communauté internationale dans ce dossier, « n’entend pas, d’un point de vue stratégique stigmatiser le Canada plus qu’il ne le faut pour ne pas l’aider à creuser sa propre tranchée et rendre plus difficile un éventuel retour à plus de réalisme politique ».

On était moins avare de commentaires aux Communes hier, où le chef du NPD, Jack Layton, affirmait que « le Canada est en train de devenir la risée du monde » avec sa position ramollie sur Kyoto.

Le chef du Bloc, Gilles Duceppe, qualifiait de son côté de « totalement irresponsable et très dangereux » l’alignement politique des conservateurs dans le dossier du réchauffement climatique. C’est aujourd’hui que le Bloc doit piloter une motion aux Communes sur cette question.

Le chef du Bloc s’est moqué des récents propos de la ministre Ambrose : « Écoutez les déclarations de la ministre disant que les autos arrêteraient de rouler, les avions de voler, les trains de rouler. Il faudrait cesser l’agriculture, il faudrait fermer les lumières toute la journée. Supposons que c’est le Festival Juste pour Rire. Ça serait pas mal là, mais c’est la ministre qui dit ça. » Gilles Duceppe devait ajouter : « À ce que je sache, à Paris, à Londres, à Rome, il y a toujours des autos dans les rues. Les trains roulent et les avions volent à Heathrow et à Charles de Gaulle » même si l’Europe a ramené ses émissions à 1,3 % sous la barre de 1990. En comparaison, le Canada dépasse son objectif de plus de 35 %.

Ambrose priée d’abandonner la présidence

À Bonn, la centaine d’organismes environnementaux regroupés dans le Réseau action climat international a demandé à la ministre Ambrose de laisser la présidence de la conférence internationale à un gouvernement dont les gestes sont en accord avec sa pensée.

« Nous croyons que les Parties [ayant ratifié le protocole] seront mieux servies par une présidence qui soutient leurs décisions et s’appuient sur le travail accompli depuis plus de 15 ans. Éviter des perturbations dangereuses du climat exige un fort leadership de la part des pays industrialisés comme le Canada, notamment en réduisant eux-mêmes leurs émissions et en s’engageant à des objectifs plus contraignants en vue de la Deuxième période d’engagement. Si vous êtes déterminée, en votre âme et conscience, à ce que le Canada ne respecte pas ses engagements contenus dans le protocole de Kyoto, et que nous ne pouvez faire preuve du leadership que nous attendons de la présidence, retirez-vous honorablement. S’il vous plaît. »

C’est ce que fera officieusement la ministre qui a prévu de quitter Bonn aujourd’hui, sans démissionner, alors que la conférence s’attaque à 15 jours de travaux.

« Elle est passée en coup de vent pour couper le ruban. Ce sera la grande contribution du Canada à cette conférence ! Elle ne reste même pas pour entendre ce que les autres pays ont à dire. Elle a reconnu que l’Arctique serait très touchée par le réchauffement du climat, mais elle n’a pas parlé une seule fois d’objectifs de réduction à long terme, ce qui est le but premier de la conférence qu’elle préside. C’est une vraie honte », expliquait Steven Guilbeault, de Greenpeace Québec, qui participe à la rencontre de Bonn.

Invité à commenter les propos de son homologue canadienne, le ministre allemand de l’Environnement, Sigmar Gabriel, a souhaité diplomatiquement que le Canada fasse preuve à Bonn d’autant de leadership que durant la récente conférence de Montréal.

Au cours de la conférence de presse de la présidence de la conférence, la ministre Ambrose a été prise à partie par les journalistes qui voulaient comprendre le virage canadien, qui a « sidéré » la conférence, selon le terme utilisé par l’un d’eux.

Rona Ambrose s’est dite en faveur de la mise en place d’un marché de crédits d’émissions après 2012 et elle a insisté sur la nécessité d’ouvrir la porte aux pays émergents et en voie de développement. Faisant allusion à la politique strictement volontariste, dont rêve la frange rigide de son parti, Rona Ambrose a déclaré qu’il « ne faut décourager aucun pays, et tout particulièrement les pays en développement, qui voudraient prendre des mesures volontaires ».

« Si ça se limite à des mesures volontaires, c’est encore louable », devait-elle ajouter.

La ministre canadienne a expliqué le Canada ne pense pas pouvoir atteindre ses objectifs de réduction d’ici à 2012, « parce qu’il n’y a aucun plan d’action en marche au Canada », ne précisant pas que c’est son gouvernement qui vient de mettre la hache dans les programmes qui devaient démarrer ce printemps au Canada.

Énormes enjeux

Le « problème canadien » n’a toutefois que momentanément détourné l’attention de la conférence des enjeux énormes qui transpirent des propositions acheminées à Bonn par la communauté de Kyoto et même par ceux qui font bande à part, comme les États- Unis et l’Australie.

La proposition du Canada insiste sur le libre choix pour obtenir de « réelles réductions », mais, en même temps, on plaide en faveur d’« approches [...] axées sur l’intensité » des émissions, soit le principe prôné par l’administration Bush pour justifier la hausse en chiffres absolus des émissions américaines par une réduction des émissions par unité de production. Le Canada plaide aussi pour une approche comportant des « avantages conjoints au niveau local », comme des réductions de pollution, soit à peu près les mots du texte américain.

Un pays émergent comme la Chine garde diplomatiquement toutes les portes ouvertes en plaidant pour une intégration des objectifs de Kyoto avec une politique de développement durable. Mais la Chine ne s’engage nulle part en faveur d’un plan de réduction après 2012, comme le souhaite ouvertement l’Europe. Mais le Brésil, dont la position est très près de celle de l’Inde, déclare que seuls les pays occidentaux doivent s’astreindre à un deuxième échéancier de réductions, après 2012, et que l’effort des pays en développement doit se limiter à des engagements volontaires. Dans quelques années, les émissions de ces pays vont dépasser celles de l’Occident, États-Unis exceptés, qui émettent le quart de toutes les émissions d’origine humaine.

Seule l’Europe, qui est en train d’atteindre ses objectifs de Kyoto, propose un objectif de réduction « post 2012 », basé sur un constat scientifique : il faut, dit-elle, que la communauté internationale fasse tous les gestes nécessaires pour empêcher que la hausse du climat ne dépasse 2 °C, soit le seuil au-delà duquel le réchauffement deviendra irréversible et potentiellement dévastateur pour une grande partie de l’humanité. Depuis le début de l’ère industrielle, la température terrestre moyenne s’est élevée de 1,6 °C. Cet objectif pourrait exiger des réductions globales pouvant atteindre 50 % des émissions anthropiques d’ici à 2050.

Louis-Gilles Francœur