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La montée des océans fera en un siècle 150 millions d’exilés
date 12 septembre 2005
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La montée des océans fera en un siècle 150 millions d’exilés

L’élévation du niveau des eaux condamne immanquablement à l’exil les habitants de nombreuses régions côtières. Cet exode concernera cinq fois plus de personnes que le nombre de déplacés dans le monde aujourd’hui pour des motifs politiques ou économiques.

Il est devenu, le 5 septembre 2000, le 189e Etat membre des Nations Unies. Mais jusqu’à quand ? L’archipel de Tuvalu, égaré au large de la Nouvelle-Zélande, aura les pieds dans l’eau dans deux générations au plus tard. Foi de climatologue. Les 11 000 habitants abandonneront leurs îles pour aller vivre vraisemblablement en Nouvelle- Zélande, qui accueillera ainsi les premiers réfugiés climatiques du XXIe siècle.

Le réchauffement provoqué par les émissions de gaz à effet de serre aura alors rayé un premier pays de la carte du monde. « Le processus est en cours. Les habituelles marées de printemps sont de plus en plus fréquentes et destructrices sur ces îles qui culminent à peine à quatre mètres au-dessus du niveau de la mer », relève Martine Rebetez, climatologue à l’institut fédéral de recherche WSL, à Lausanne. « Les vagues d’eau salée vont peu à peu rendre les terres agricoles infertiles, avant de les faire disparaître complètement. »

Et les îles micronésiennes ne sont qu’un exemple miniature de ce qui attend à terme les autres régions côtières de la planète. « D’ici 2100, l’élévation du niveau des océans se situera dans une fourchette de 20 centimètres à un mètre », poursuit la climatologue.

Le pire reste à venir

Un tiers des terres du Bangladesh seront immanquablement mangées par la mer, condamnant à l’exil plusieurs dizaines de millions de personnes. Le delta du Nil subira le même sort ; aujourd’hui, dix millions de personnes y vivent à une altitude inférieure à un mètre.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mis sur pied par l’ONU estime qu’à la fin du siècle, ce sont 150 millions de personnes qui seront déplacées de force en raison de la montée du niveau des océans.

Directement menacés, les Pays-Bas rehaussent depuis plusieurs années le niveau de leurs digues. Une solution « exportable » au reste du monde ? « Non ! Dans un pays riche, il est possible de construire des digues sur quelques dizaines de kilomètres de côtes. Mais il est absolument impossible de protéger les milliers de kilomètres du littoral en Indonésie, au Bangladesh ou ailleurs », tranche Martin Beniston, climatologue à l’Université de Fribourg.

Et le pire reste à venir. « Le mécanisme est enclenché, et son inertie est énorme. Même si l’on stabilisait maintenant les températures, on n’échapperait pas à une élévation du niveau des océans sur plusieurs siècles », note Martine Rebetez.

La fonte totale des glaces du seul Groenland, et c’est une élévation du niveau des océans d’au moins six mètres... « On la prévoyait d’ici à un millénaire, commente la climatologue. Mais des observations récentes sur un glacier montrent que la fonte - et c’est inattendu - s’est encore considérablement accélérée. Cela reste à confirmer avec d’autres études. Si tel est le cas, on pourrait craindre que le Groenland ait fondu d’ici

500 ans, ou qui sait 200 ans. » C’est donc à terme l’ensemble des côtes qui seront touchées. Les villes côtières comme New York seront largement affectées. « Dans un premier temps, les quais ne seront pas immédiatement inondés. Mais les grosses vagues provoquées par les tempêtes provoqueront de plus en plus de dégâts », souligne Martin Beniston. A l’image de ce qui s’est passé cette semaine à La Nouvelle-Orléans.


Des réfugiés sans statut

L’assèchement du lac Tchad, passé de 25 000 à 5000 km2 en quarante ans, en est une illustration frappante : les changements climatiques modifient profondément les paysages et les conditions de vie des populations. « Les gens qui fuient leurs pays pour des raisons économiques ou politiques ont souvent dû quitter auparavant les campagnes à cause de la désertification ou du manque d’eau, explique Martin Beniston. Il s’agit donc déjà de réfugiés climatiques. Mais les causes de leur exode sont souvent multiples ; s’y mêlent des problèmes économiques ou des conflits régionaux. »

La montée du niveau des océans sera par contre clairement une cause directe et unique de l’exode de millions de personnes. « Mais cela pose un problème de statut juridique », poursuit le climatologue.

Un terme qui n’existe pas

Actuellement, un réfugié est une personne qui craint avec raison d’être persécutée pour sa race, sa religion ou encore ses opinions politiques, et qui ne peut pas retourner dans son pays. Un exil pour des raisons liées à une catastrophe climatique n’entre pas dans cette définition. « Le terme de réfugié climatique n’est d’ailleurs pas reconnu officiellement. Il pose des problèmes politiques et de définition juridique énormes.

 »Mais il faudra bien se pencher sur cette question ! Car si aujourd’hui le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) compte dans le monde 30 millions de réfugiés pour motifs politiques ou économiques, ils seront cinq fois plus d’ici la fin du siècle, uniquement pour des raisons climatiques », conclut Martin Beniston.
(bp)

Bernard Perrin
Publié le 12 septembre 2005