logo
LES MEMBRES
greenpeace
wwf
lpo
oxfam} alofa tulavu
4d
gret
helio
hespul
cler
amis de la terre
agir pour l'environnement
fnaut
fub
solar generation
reseau sortir du nucleaire
cniid
wecf
associations locales

MAILING LISTE

La liste climat du RAC-F vous permet de recevoir et d’envoyer des informations sur les changements climatiques.
S'abonner Se désabonner
attention ça chauffe
can
illustration
Accueil > Politiques et mesures > Négociations internationales > Archives > Politiques climatiques par pays > Etats-Unis > La loi Bush sur l’énergie ignore les nouvelles réalités pétrolières
La loi Bush sur l’énergie ignore les nouvelles réalités pétrolières
date 13 octobre 2005
texte+ texte- google twitter facebook

La loi Bush sur l’énergie ignore les nouvelles réalités pétrolières.

Quatre ans d’intenses négociations auront été nécessaires au président George W. Bush pour obtenir, le 8 août, l’adoption définitive de sa loi sur l’énergie. Malgré quelques dispositions qui vont dans le bon sens, comme le renforcement des pouvoirs de l’Agence fédérale de régulation des secteurs de l’énergie (FERC) pour mieux surveiller les marchés, la relance du programme nucléaire ou le soutien à la recherche, la loi maintient, avant tout, le statu quo, privilégiant l’augmentation de l’offre d’énergie plutôt qu’une gestion volontariste de la demande.

Or les politiques publiques américaines en matière d’énergie semblent ignorer les nouvelles réalités du marché pétrolier. Cette situation est d’autant plus préjudiciable que le prix du baril devient un frein à la croissance mondiale.

La brutale augmentation de la demande chinoise depuis 2004, désormais deuxième consommateur mondial de produits pétroliers, ainsi que celle du sous- continent asiatique, a réduit les capacités mondiales de production excédentaires. Cette réduction concerne à la fois la production de brut et, en aval, les raffineries, qui assurent l’approvisionnement des consommateurs.

Compte tenu des délais pour exploiter de nouveaux champs pétroliers et construire de nouvelles capacités de raffinage, cette situation devrait perdurer encore quelques années. Dans ce contexte, les 1 724 pages de la loi sur l’énergie américaine opèrent des choix à la fois clientélistes et inefficaces.

Elle distribue, ainsi, 14 milliards de dollars de subventions publiques aux principaux soutiens financiers des républicains que sont les grands groupes texans spécialisés dans l’exploration et la production de pétrole et les propriétaires des vastes exploitations agricoles du Midwest.

La loi multiplie les subventions directes et les crédits d’impôts pour encourager l’exploitation des gisements en eaux profondes au large du golfe du Mexique, à l’heure où le prix du baril assure déjà, par lui-même, la rentabilité des gisements les plus coûteux. Elle soutient la production de biocarburants à partir de maïs cultivé dans le Midwest, moins efficace énergétiquement et plus cher que ceux produits à partir du sucre, importé du Brésil. Elle affaiblit la protection des consommateurs en abrogeant la loi qui, depuis 1935, interdisait aux entreprises de subventionner leurs activités concurrentielles avec les revenus tirés de leurs activités régulées dans le secteur de l’électricité. Mais de forts doutes pèsent, aussi, sur l’efficacité réelle de cette loi. Les mesures de soutien de la production, lourdes pour les finances publiques, ne devraient pas pouvoir renforcer l’indépendance énergétique des Etats-Unis. En effet, les prévisions les plus optimistes indiquent que le surcroît de production nationale de pétrole pour les dix ans à venir sera à peine suffisant pour couvrir l’augmentation de la demande.

La diminution des prix de l’essence à la pompe semble, également, peu probable. Si la loi sur l’énergie favorise la création de nouvelles raffineries, aucune mesure ne vient remédier à la segmentation du marché américain des produits raffinés. Or, aux Etats-Unis, chaque Etat est compétent pour déterminer les normes des carburants qui doivent être utilisés sur son territoire. En conséquence, plusieurs dizaines de standards différents de carburants cohabitent, ce qui pourrait empêcher, par exemple, de vendre en Californie des produits raffinés en Louisiane.

Par ailleurs, la loi fait singulièrement l’impasse sur la gestion de la demande, alors que la croissance de la demande de produits pétroliers est, avant tout, fondée sur les carburants utilisés dans les transports, pour lesquels il n’existe pas de produits économiquement substituables.

L’acquisition de véhicules privés utilitaires, de type SUV, est toujours fiscalement favorisée, les normes pour l’efficacité énergétique des véhicules comme celles de l’habitat ne sont toujours pas renforcées et le transport ferroviaire semble encore une solution exotique, comparée à la voiture ou à l’avion. Ainsi, en l’absence de solutions technologiques miraculeuses pour remplacer les carburants ou de découvertes de grands gisements, les Etats-Unis sont condamnés à partager chaque année un peu plus les ressources existantes et à diversifier géographiquement leurs importations pour renforcer la sécurité de leurs approvisionnements. C’est pourquoi, seule une politique volontariste de gestion de la demande leur permettra de limiter efficacement l’impact de la hausse du prix du baril sur leur économie.

En outre, les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique sont inexistantes. Avec 40 % d’électricité produite à partir du charbon et plus de 5 tonnes de CO2 émises annuellement par habitant (contre 1,8 en France), le gouvernement fédéral américain persiste à refuser d’adopter des objectifs contraignants de production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables.

Il n’est, toutefois, pas isolé dans sa difficulté à mettre en place des politiques ambitieuses en matière d’économie d’énergie. Les autres grands pays consommateurs ne sont pas à l’abri de devoir adopter très rapidement des politiques publiques responsables et contraignantes en ce domaine. C’est à ce prix que la sécurité d’approvisionnement sera confortée et que la pérennité des économies nationales et de l’environnement sera renforcée.

Nicolas Machtou est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.
Article paru dans l’édition du 25.08.05