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La hausse du pétrole brut est une chance à saisir
date 21 février 2006
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La hausse du pétrole brut est une chance à saisir
Les Echos, 27 octobre 2004

Le point de vue de PHILIPPE QUIRION, KARLA SCHOETERS, JOS DINGS ET STEPHEN BOUCHER PHILIPPE QUIRION est président du Réseau action climat France. KARLA SCHOETERS est directrice de Climate Action Network Europe. JOS DINGS est directeur de la Fédération européenne pour les transports et l’environnement. STEPHEN BOUCHER est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.

L’urgence de la situation actuelle des transporteurs routiers, des marins pêcheurs, des agriculteurs et de tous ceux affectés par l’envol des prix des produits pétroliers ne doit pas empêcher une gestion à long terme de notre dépendance vis-à-vis des carburants fossiles, par la réduction de notre consommation et le développement des énergies renouvelables.

Certes, le gouvernement français résiste à la tentation d’introduire, comme son prédécesseur en 2000, une taxe intérieure sur les produits pétroliers
(TIPP) flottante, qui lui avait valu les remontrances de la Commission européenne. A l’heure où il annonce son intention de restituer les excédents de TIPP et de TVA sur les produits pétroliers liés à l’envol de leurs prix, où les ministres européens des Finances ne parviennent pas à s’accorder sur la gestion de la soi-disant crise, et où divers secteurs obtiennent des ristournes, les solutions envisagées visent plus à satisfaire des revendications sectorielles qu’à réduire notre vulnérabilité à la variation des prix du baril et à renforcer notre compétitivité économique. Le gouvernement promeut une baisse européenne commune de la TVA sur les produits pétroliers, les routiers et pêcheurs obtiennent une baisse des charges, les agriculteurs une réduction sur le gazole professionnel, et les bateliers auront probablement aussi gain de cause.

L’aide immédiate à des secteurs en difficulté est parfois incontournable, mais, en prenant la forme de subventions à la consommation d’énergie, elle ne fait qu’aggraver le problème. La situation actuelle devrait pourtant faciliter l’adoption de mesures structurelles. Que n’évoque-t-on aujourd’hui l’utilisation de l’excédent de TIPP et de TVA pour aider les coopératives agricoles et de marins à suivre l’exemple du Danemark, où rebuts de pêche et de laiteries et lisiers d’élevages sont valorisés par transformation en méthane qui leur fournit chaleur et électricité ? Pour renouveler les flottes de marins pêcheurs au profit de bateaux moins consommateurs en gazole ? Le Parti socialiste propose une ristourne de 4 centimes par litre de carburant, pour un coût budgétaire de 2,8 milliards d’euros. Une telle somme investie dans les économies de chaleur dans de nouveaux logements économiserait l’équivalent de 39 millions de barils de pétrole. Les emplois possibles de ce type de l’excédent de TIPP et de TVA sont nombreux, tels que soutien aux diagnostics thermiques pour les bâtiments, à l’achat de chauffe-eau solaires et aux investissements en énergies renouvelables, biocarburants certes, mais aussi éolien, solaire et géothermie. Seules de telles mesures, notoirement génératrices d’emplois, apporteront des réponses durables à la hausse tendancielle des prix du pétrole, combinant bénéfices économiques, environnementaux et sociaux.

Même si la « chasse au gaspi » a été trop vite abandonnée à la fin des années 1980, les citoyens américains consomment aujourd’hui deux fois plus d’énergie que les Européens. En termes relatifs, quand les prix augmentent, l’Europe devient donc plus compétitive que les Etats-Unis. En investissant dans l’efficacité énergétique, l’Europe peut aussi en retirer un réel avantage compétitif.

Qui plus est, l’approche « court-termiste » actuelle ne fait que renforcer l’incertitude sur les prix des carburants et accentue notre vulnérabilité. En n’offrant pas de vue à long terme, non seulement nous ne saisissons pas les opportunités qui se présentent d’innover dans nos modes de production et de consommation énergétique, mais nous compliquons l’introduction de telles innovations. Le gouvernement doit expliquer que les records actuels, après une prochaine baisse, seront tôt ou tard dépassés et qu’en réalité les prix ne reflètent pas les coûts que les énergies fossiles imposent à la société, notamment le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique. Seule une politique active de gestion de la consommation - d’efficacité énergétique de nos appareils, habitations et véhicules et de réforme de nos usages énergivores - permettra de gérer la transition vers le modèle d’énergie chère qui s’annonce. Ceci impliquera d’utiliser une part du produit fiscal dégagé pour permettre des modes de vie moins voraces en énergie, par exemple en finançant des logements sociaux en centre-ville afin de limiter l’étalement urbain, ou en privilégiant les transports publics plutôt que de nouvelles autoroutes.

Enfin, n’oublions pas que la hausse des prix actuelle est surtout causée par la hausse de la demande. Symétriquement, une baisse de cette dernière permettrait de revenir à des prix plus faibles. Une bonne partie du coût des mesures d’économie d’énergie serait ainsi payée par... les pays exportateurs de pétrole. Une étude récente a même montré qu’une politique axée sur les économies de pétrole et de gaz pourrait être menée à un coût négatif pour les pays développés grâce à la baisse du prix des combustibles fossiles qu’elle entraînerait.

L’unilatéralisme des décisions françaises ne doit pas non plus occulter la nécessité d’une réelle coordination européenne. Les Etats membres ne doivent notamment plus freiner les propositions de la Commission européenne, quoique tardives et insuffisantes, d’harmonisation de la taxation des produits énergétiques et du gazole professionnel qui favorisent des modes de transport moins polluants.

Nous n’avons pas su nous prémunir contre la volatilité des prix du pétrole après les crises de 1973 et 1979. La situation actuelle est le test de la capacité de nos gouvernants à mettre en œuvre des politiques communautaires coordonnées qui dépassent le court-terme et gèrent plus efficacement la consommation d’énergie, seules à même de nous protéger du yo-yo du prix du baril et de renforcer notre compétitivité internationale.

http://www.lesechos.fr/GU/jjjdj2004...