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Accueil > Secteurs d’activités > Energie > Captage et stokage du carbone > L’enfouissement du CO2 prévu pour 2020
L’enfouissement du CO2 prévu pour 2020
date 20 septembre 2005
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L’enfouissement du CO2 prévu pour 2020

Le colloque international qui s’ouvre à Paris confirme l’engouement de l’industrie pour cette parade au réchauffement climatique.

La question de la capture du CO2 est d’abord économique puisque les procédés existent déjà, mais génèrent des frais de 50 à 70 euros la tonne.
Après ses cadavres, ses poubelles, ses déchets radioactifs, l’humanité s’apprête à enterrer son carbone. Décidément, la terre nourricière reste un formidable cache-misère, mais a-t-on le choix ? Le colloque international qui s’ouvre aujourd’hui à Paris va confirmer le recours inéluctable de la capture et séquestration géologique du CO2. A cette occasion, les spécialistes mondiaux présenteront le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) préparé depuis plusieurs mois (« Les Echos » du 09/05/2005) par un groupe de spécialistes chargé d’établir le consensus sur le sujet. Le GIEC reconnaît que ces technologies sont susceptibles d’apporter l’une des solutions du changement climatique. Michèle Pappalardo, la présidente de l’Ademe, évoque une étude réalisée par le CLIP (Club d’ingénierie prospective énergie-énvironnement) qui montre que 483 des 877 milliards de tonnes de CO2 rejetés d’ici à 2050 sont capturables.

L’industrie, de son côté, s’investit massivement dans cette technologie. Christian Fouillac, responsable de recherche au BRGM, explique que de nombreux projets de centrale thermique ou de raffinerie sans CO2 vont fleurir après 2008.

BP a par exemple prévu d’investir dans des installations innovantes avant la fin de la décennie. « Bien plus que les citoyens, les pétroliers craignent les dérèglements climatiques. Une compagnie comme Texaco déplore de nombreuses pertes à cause du cyclone Katrina dans le golfe du Mexique où est installée la majorité de ses puits », explique Christian Fouillac. Même les associations environnementalistes commenceraient à reconnaître que le pragmatisme commande d’accepter ce pis-aller.

Mais la plupart des experts estiment que le déploiement industriel de ces procédés n’interviendra pas avant quinze à vingt ans, le temps de convaincre les populations de leur innocuité. Car plusieurs incertitudes restent à lever. La question de la capture du gaz CO2 est d’abord économique puisque les procédés existent déjà, mais génèrent 70 % des frais d’évitement du CO2, soit 50 à 70 euros la tonne.

Pierre Le Thiez, de l’IFP, explique que trois voies technologiques restent en compétition. La technique de la postcombustion, consistant à prélever le CO2 au niveau de la cheminée des usines, va bientôt connaître sa plus grosse expérimentation au Danemark avec le projet européen Castor. Son objectif : descendre le coût de capture à 15-20 euros la tonne, sur un pilote de 25 tonnes par jour. « Si le cours du CO2 à la Bourse franchit les 30-40 euros la tonne, cette solution deviendra viable », assure Pierre Le Thiez.

Etudier les terrains

D’autres expérimentations testent le principe de l’oxycombustion, qui utilise de l’oxygène pur comme comburant. Cette solution convient bien à la rénovation des usines existantes, mais elle ne fait que déplacer le problème en amont avec la séparation de l’oxygène de l’air. La troisième voie de la précombustion vise à « décarboner » le gaz naturel par des procédés de vaporeformage ou d’oxydation partielle pour obtenir de l’hydrogène qui alimente la combustion. Elle bénéficie des programmes de recherche sur l’économie de l’hydrogène généreusement dotés en Europe et aux Etats-Unis. L’enjeu de toutes ces analyses est de diminuer la consommation énergétique de ces techniques qui peuvent engloutir jusqu’au quart de l’énergie d’une usine.

La problématique du stockage reste une question scientifique, technologique et juridique, centrée sur la sécurité. Le rapport du GIEC a statué sur la durée minimale de conservation du gaz carbonique : cinq cents à mille ans. Difficile donc de garantir le confinement du gaz et d’optimiser le remplissage de sa poche géologique tout en s’assurant de l’absence d’impact sur l’environnement. Outre la nature des roches et leur étanchéité au gaz, il s’agit d’étudier les mouvements de terrain par exemple. Car parmi les risques les plus anxiogènes, on pense aux séismes. En Italie, où plusieurs régions connaissent des dégagements naturels de CO2 et une activité de microséismes, les chercheurs surveillent déjà la corrélation entre les deux phénomènes.

Le recensement des sites de stockage a déjà commencé, il concerne les anciens puits de pétrole ou de gaz, les mines de charbon désaffectées, mais surtout les aquifères salins. A la différence des technologies de capture, qui peuvent faire l’objet de programmes internationaux, le stockage géologique exige une étude systématique du réservoir convoité. Les géologues poussent donc pour qu’un pilote français soit lancé vers 2009, certainement en région parisienne qui renferme un grand aquifère : « les nombreuses expérimentations en cours en Europe ou ailleurs ne peuvent pas nous exonérer d’en faire chez nous, les sous-sols ont leurs propres particularités », explique Isabelle Czernichowski-Lauriol, du BRGM.

Le potentiel sous-terrain des régions de forte production reste d’ailleurs l’une des clefs du succès de cette démarche. Le rapport du CLIP souligne d’ailleurs qu’elle sera peu utile dans deux futurs foyers majeurs de gaz à effet de serre : La Chine et l’Inde. La première est appelée à dépasser les Etats-Unis comme premier émetteur mondial de CO2 vers 2030, tandis que l’Inde, actuellement cinquième, deviendrait troisième émetteur... « Les deux tiers des centrales à charbon qui vont être construites dans les décennies à venir se situent dans des zones où les possibilités de stockage du CO2 sont faibles », affirment les auteurs.« Attention, prévient aussi Michèle Pappalardo, la priorité reste de diminuer notre consommation d’énergie, le stockage ne doit pas servir d’alibi. »

MATTHIEU QUIRET
Les Echos, le 15 sptemebre 2005