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L’avenir du protocole de Kyoto se joue à Montréal
date 29 novembre 2005
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L’avenir du protocole de Kyoto se joue à Montréal

Il faut prendre d’urgence des mesures pour renverser le phénomène du changement climatique" : par cette déclaration publiée vendredi 25 novembre à Iquitos, au Pérou, les pays du traité de coopération de l’Amazonie (OTCA) n’ont pas seulement exprimé l’inquiétude que suscite la pire sécheresse qu’ait connue cette année le bassin amazonien et "le grave problème du dégel progressif des glaciers andins". Ils manifestent aussi que le souci du changement climatique n’est plus propre aux pays riches, mais concerne bien aussi les pays en développement.

Ce souci se traduira-t-il dans un engagement diplomatique solennel ? C’est tout l’enjeu de la conférence des Nations unies sur le climat, qui s’est ouverte à Montréal le 28 novembre pour deux semaines : s’engager - ou pas - à discuter un régime de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre applicable en 2012. Autrement dit : prolonger le protocole de Kyoto, qui engage les pays développés, et eux seuls, à réduire leurs émissions d’ici à 2012 d’au moins 5 % par rapport au niveau de 1990.

Depuis 2001, le protocole qu’ont ratifié l’Union européenne, le Japon, le Canada et la Russie, est rejeté par les Etats-Unis. Un des principaux arguments avancés par le président Bush pour justifier son refus est que le texte ne pose pas de contrainte aux grands pays en développement, notamment la Chine et l’Inde. Or, selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, le développement économique rapide de ces nouveaux géants conduirait les pays en développement à émettre vers 2030 plus de CO2 que les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

L’argument, s’il vise à justifier l’absence d’efforts des Etats-Unis, qui restent le premier pollueur de la planète avec 25 % des émissions de gaz carbonique en 2003, est cependant juste et a fini par s’imposer. Certes, l’administration américaine n’a pas réussi à empêcher la communauté internationale de maintenir le protocole de Kyoto, qui est entré en vigueur en février. Mais les grands pays sont de plus en plus entrés dans le jeu.

"NOUVEAU PARADIGME"

Durant sa présidence en 2005 du G8 (groupe des huit pays les plus riches du monde), la Grande-Bretagne de Tony Blair a placé la question du changement climatique comme l’une des deux priorités du sommet (l’autre étant l’Afrique), en organisant plusieurs réunions sur le sujet associant les grands pays du Sud. Lors du sommet de juillet, à Gleeneagles, le G8 a été rejoint par les chefs d’Etat du Brésil, de la Chine, de l’Inde, du Mexique et de l’Afrique du Sud. Ceux-ci déclaraient en commun, le 7 juillet, que "le changement climatique a et aura un impact profond sur les perspectives de développement de nos sociétés". Reconnaissant le régime "adéquat" établi par la convention sur le changement climatique de 1992 et le protocole signé en 1997, ils proposaient "un nouveau paradigme pour la coopération internationale (...) prenant pleinement en compte les perspectives et les besoins des pays en développement".

Rien cependant ne garantit qu’ils accepteront d’ouvrir la porte sur "l’après 2012", même si le protocole de Kyoto, qu’ils ont signé, stipule dans son article 3-9 que ces discussions doivent commencer en 2005. Les négociations seront "dures", avertit Stavros Dimas, commissaire européen à l’environnement. Une des principales difficultés sera de surmonter l’opposition des Etats-Unis. Ceux-ci ont tenté de créer une organisation concurrente au protocole de Kyoto, en signant pendant l’été un partenariat Asie-Pacifique sur le climat, regroupant autour d’eux l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Chine et l’Inde (Le Monde du 30 juillet). Mais ce groupe a repoussé à janvier - donc après Montréal - la réunion qu’il devait tenir en novembre. C’est donc bien dans le cadre du protocole de Kyoto que se jouera la partie principale.

"CRÉDITS DE CARBONE"

Un flottement est cependant récemment apparu avec les déclarations de Tony Blair, premier ministre britannique. Dans The Observer du 30 octobre, il montrait son scepticisme à l’égard du protocole : s’il nous "emmène dans la bonne direction", disait-il, "il n’est pas suffisant ; (...) Kyoto ne stabilisera même pas les émissions de gaz à effet de serre". Ses déclarations ont suscité de vives réactions chez plusieurs de ses partenaires européens, puisque l’application du protocole est la pierre d’angle de la diplomatie européenne en la matière. L’Union européenne arrivera finalement à Montréal en répétant qu’elle respectera pleinement ses engagements de Kyoto, gage de sa bonne foi pour convaincre ses partenaires de discuter de l’après-2012. Le Japon affiche la même attitude.

Un régime post-2012 ne prendrait sans doute pas la forme d’objectifs chiffrés de réduction des émissions. Un dispositif mis en place dans le protocole devrait se révéler utile pour la suite : le "mécanisme de développement propre", qui permet de transférer des technologies réduisant les émissions vers les pays du Sud, en échange de "crédits de carbone". Attractif pour les pays du Sud, ce mécanisme tiendra une grande place à Montréal.

Hervé Kempf
Article paru dans l’édition du 29.11.05