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Accueil > Réseau Action Climat > Nos activités > Le RAC-F dans la presse... > Articles 2005-2006 > Greenpeace monte au créneau en vue du premier bilan sur le Plan Climat 2004
"Actu-environnement.com" C.SEGHIER
13 nov 2005
Greenpeace monte au créneau en vue du premier bilan sur le Plan Climat 2004
"Actu-environnement.com" C.SEGHIER
13 nov 2005
date 5 décembre 2005
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Greenpeace monte au créneau en vue du premier bilan sur le Plan Climat 2004
"Actu-environnement.com" C.SEGHIER
13 nov 2005
http://www.actu-environnement.com/a...

Neuf des dix dernières années (1994- 2004) sont parmi les plus chaudes que
le globe ait connu au cours des 145 années d’enregistrements instrumentaux
et que l’hémisphère nord ait connu au cours des 1000 dernières années. C’est
en ces termes que débute l’étude ’’Changements climatiques : quels impacts
en France’’ commandée par Greenpeace et réalisée par de grands spécialistes
du climat et notamment Jean Jouzel* et Hervé Le Treut**.

Présentée jeudi à Paris par l’organisation écologiste et ce, tout juste
avant le rendez-vous climat prévu lundi et mardi visant à faire le point et
à renforcer le Plan Climat du gouvernement, ce rapport présente l’état des
connaissances sur les conséquences du réchauffement global en France en
termes de changements climatiques et d’impacts.

Le rapport mentionne qu’au cours du XXe siècle, la température moyenne de la
France a augmenté de 0,1°C par décennie et souligne qu’en fin de XXe siècle,
le réchauffement en France s’est accéléré à raison de 0,6°C par décennie sur
la période 1976-2003.Au cours de la période 1951 à 2000, les observations
font déjà états d’étés de plus en plus chauds avec des vagues de chaleur et
des sécheresses plus fréquentes, de moins en moins de jour de gel en hiver
avec moins de vagues de froid en hiver.

D’après les scénarios envisagés par les climatologues, le moins pessimiste
prévoit une hausse des températures d’ici à 2100 de 2 °C à 2,5 °C par
rapport à l’année de référence 1990 et le plus pessimiste de 3 °C à 3,5 °C.
Dans les deux cas, l’élévation de température sera beaucoup plus marquée en
été qu’en hiver.
Conséquences : quel que soit le scénario considéré la France doit s’attendre
à subir des vagues de chaleurs estivales plus fréquentes, plus longues et
plus intenses, et de fortes précipitations en hiver.

En ce qui concerne l’agriculture, l’adaptation courante des techniques
devrait permettre de limiter les impacts tant que ceux-ci resteront dans la
gamme des 2 à 3°C. Au-delà, plutôt qu’une rupture dans le rendement des
productions, c’est à une accentuation du déplacement géographique des aires
qu’il faudrait s’attendre, en accompagnement d’un bouleversement du paysage,
précise le texte.

Côté couverture nuageuse, les experts envisagent une diminution des chutes
de neige. A 1 500 mètres, on passerait de cinq à quatre mois d’enneigement
dans les Alpes du Nord et de trois à deux mois dans les Alpes du Sud et les
Pyrénées, ainsi qu’une diminution de 40 à 50% du manteau neigeux, indique le
rapport.
Les modifications de la couverture neigeuse devraient également induire des
modifications des régimes hydrologiques des rivières de montagne, de la
végétation à haute altitude. Les études récentes suggèrent une probable
remise en cause de l’existence même des stations d’hiver de moyenne
montagne.
L’étude indique également que depuis 1840 environ les glaciers alpins sont
globalement en récession et souligne qu’ils ont aujourd’hui régressé à un
niveau encore jamais atteint au cours des quatre derniers siècles. Selon les
scientifiques et quels que soient les scénarios envisagés - optimiste ou
pessimiste - pour le climat futur, ceux dont les sommets sont situés à des
altitudes inférieures à 2900 m sont condamnés à disparaître. Pour un
réchauffement supérieur à 1°C les glaciers alpins connaîtront des
réajustements et des retraits importants. Pour un réchauffement supérieur à
3°C la plupart des glaciers français seront réduits à néant, seuls les plus
hauts glaciers du massif du Mont Blanc pourraient résister, au prix d’un
fort réajustement de leurs surfaces et de leurs longueurs.

D’ici à 2050, le Nord devrait être moins désavantagé que le Sud pour le
fonctionnement et la productivité des forêts. Le rapport indique aussi que
les changements climatiques interviendront dans un laps de temps inférieur à
150 ans, c’est-à-dire moins d’une génération pour la plupart des espèces
d’arbres présentes en France. Une évolution forte des principales maladies
affectant les arbres forestiers en lien avec les changements climatiques est
à prévoir, avec une amplification de l’impact des parasites thermophiles
favorisés par les stress hydriques, et surtout l’apparition de nouvelles
maladies.

En matière de santé, les experts notent le risque d’émergence ou de retour
de certaines maladies tropicales mais craignent aussi les effets sur
l’organisme du stress thermique. Un réchauffement autour de 2 °C
entraînerait une légère augmentation de la mortalité estivale, un
réchauffement plus important accentuerait la mortalité de saison chaude au
point de la rendre prépondérante sur l’année, précisent-ils.

Pour les ressources en eau, les experts restent prudents dans les
projections futures, cette disponibilité étant largement dépendante de
l’état du milieu récepteur pour lequel on ne peut formuler que des
hypothèses, indiquent ils.
Ils signalent toutefois que les modélisations récentes sur les trois grands
bassins français (Rhône, Seine et Adour-Garonne) indiquent une tendance à un
affaiblissement des débits d’étiages estivaux à l’horizon 2100 suivant les
hypothèses du GIEC. A l’échelle locale et sur des durées courtes (de la
journée au mois), les augmentations, mêmes modestes, attendues de la
fréquence et l’intensité de certains événements climatiques (précipitations,
températures) peuvent voir leurs impacts sur la ressource en eau
significativement amplifiés lorsqu’elles sont combinées à des situations
locales particulières : crue rapide, inondation, sécheresse, pollution, etc

Toutes ces perspectives devraient pousser le gouvernement à renforcer les
mesures visant à réduire les rejets de gaz à effet de serre dans
l’atmosphère, responsables du réchauffement. Un premier bilan du plan climat
lancé en juillet 2004 pour permettre à la France de respecter le protocole
de Kyoto doit être présenté lundi et mardi. Il vise à faire le point et à
renforcer le Plan du gouvernement. La participation du Premier ministre et
de trois de ses ministres (Industrie, Transports et Ecologie) est d’ailleurs
officiellement confirmée.

Mais pour le Réseau Action Climat-France (RAC-F) le bilan d’application du
Plan Climat est bien maigre. En se contentant de mesurettes ,au lieu
d’impulser les changements structurels nécessaires, le plan d’action
gouvernemental n’a toujours ni cohérence, ni ambition. La France risque de
ne même pas tenir son engagement au titre du protocole de Kyoto, indique le
RAC dans un communiqué d’autant que les budgets du Ministère de l’Ecologie
et du Développement Durable, de l’ADEME et des subventions destinées aux
associations de protection de l’environnement ont été revus à la baisse. Les
crédits de l’ADEME, amputés de 20% cette année, seront réduits d’autant en
2006, alors que cette agence est la cheville ouvrière du Plan Climat,
déplore le Réseau.

Toutefois, on peut se réjouir que dans le domaine des logements, l’un des
secteurs qui émet le plus de GES, les crédits d’impôt ont bien été renforcés
pour les travaux d’isolation, les chaudières basses consommations et
l’utilisation d’énergies renouvelables. Accueillies favorablement par les
associations membres du RAC, ces mesures sont toutefois jugées insuffisantes
pour permettre de rattraper le retard français en matière d’écohabitat. La
transcription tardive et à minima des directives européennes est le signe
d’une frilosité du gouvernement sur la question de la rénovation du bâti
ancien et du développement des énergies renouvelables. Même si on perçoit un
frémissement dans le développement de l’éolien, cette filière peine à
décoller du fait des blocages politiques et administratifs persistants. Pour
ce qui est du photovoltaïque ou du biogaz agricole, tant que le gouvernement
refusera de mettre en place un système de tarif d’achat ambitieux, leurs
marchés demeureront inexistants ,analyse Laetitia De Marez, chargée de
campagne climat pour Greenpeace.

En ce qui concerne les transports, un bonus-malus sur les voitures neuves en
fonction du degré de pollution avait été annoncé mais il a finalement été
remplacé en septembre par un malus sur les voitures haut de gamme, qui
représentent seulement 8% des immatriculations neuves. Cette mesure aura un
bénéfice environnemental très réduit (surcoût peu dissuasif à l’achat donc
CO2 évité insignifiant). Les offres alternatives comme les transports en
commun, le ferroutage, les voies d’eau ou l’intermodalité, manquent toujours
de soutiens. Au lieu de s’attaquer frontalement à l’augmentation du trafic
voitures et poids lourds en instaurant une politique courageuse (fiscalité,
réglementations, urbanisme),le gouvernement parie sur d’hypothétiques
réductions spontanées des émissions de CO2 des véhicules, déplore Olivier
Louchard, coordinateur du RAC.

Greenpeace a, pour sa part, lancé une campagne de sensibilisation
(www.impactsclimatiquesenfrance.fr) en parallèle à la sortie de ce rapport.
L’objectif consiste à mobiliser les citoyens pour pousser les décideurs à
prendre des mesures dès aujourd’hui et prévenir à limiter l’ampleur du
réchauffement climatique.

* Jean Jouzel est directeur de recherches au CEA, et directeur de l’Institut
Pierre Simon Laplace de l’Environnement Global (IPSL)
** Hervé Le Treut est directeur du Laboratoire de Météorologie Dynamique
LMD) de l’PSL. L’un et l’autre sont impliqués dans la rédaction du 4ème
rapport du GIEC à paraître en 2007.