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Financements climat : Pas d’additionalité à Addis-Adeba
date 15 juillet 2015
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Du 13 au 16 juillet se déroulait la 3ème conférence sur le financement du développement à Addis Abbeba en Ethiopie - l’occasion de remettre sur la table l’ensemble des modes de financement pour lutter contre la pauvreté : de l’APD aux outils de lutte contre l’évasion fiscale en passant par la réforme des institutions financières internationales et de la dette. Le Réseau Action Climat y était pour défendre la place des financements climat dans les nouveaux dispositifs et s’assurer que la conférence d’Addis pose les bases d’un accord financier solide sur le climat à Paris, fin décembre.


Malgré l’ampleur du défi à relever et les quelques mois qui nous séparent d’un accord "historique" sur le climat à Paris, le texte adopté n’apporte aucune assurance sur les financements climat à venir : le financement climat fait l’objet de seulement trois paragraphes dans un texte qui fait près de 30 pages et ne fait que réaffimer mollement les engagements déjà pris. En ce sens, Addis représente une opportunité manquée de souligner à la fois la nécessité et les moyens d’accroître les financements publics pour le climat, nécessaires pour répondre aux engagements pris et à venir dans le cadre de la convention climat et nécessaires pour donner une chance à l’accord de Paris de répondre aux enjeux des pays les plus pauvres et les plus vulnérables.

Une majorité de pays ont mentionné le changement climatique dans leurs interventions comme un défi additionnel à relever avec un surcoût pour les budgets publics. Mais les pays développés n’ont pas pour autant apporté de réponses financières précises. A l’issue de cette conférence, les pays bailleurs envoient un signal peu rassurant sur leur volonté politique de mobiliser des ressources additionnelles pour lutter contre les changements climatiques alors qu’on est à moins de 6 mois d’un accord sur le climat à Paris.

La première étape - celle de l’intégration du changement climatiques dans les politiques de développement - est bien reflétée dans le texte d’Addis. Mais elle ne pourra à elle seule répondre à l’ampleur des besoins d’adaptation et de réduction des émissions. Pourtant c’est l’objectif affiché des pays bailleurs : faire d’une pierre deux coups avec l’aide publique au développement pourtant déjà jugée insuffisante par les pays les plus pauvres.

Cette stratégie est d’autant plus inacceptable que :


- les pays bailleurs ne sont pas nombreux à respecter leurs objectifs APD. Collectivement, ils ne consacrent que 0,29% du RNB à l’APD et que la France fait partie des mauvais élèves (0,36% au mieux). Sur ces montants trop faibles et stagnants, on estime à 17% le volume redirigé pour le climat, au détriment donc d’autres enjeux de développement tout aussi importants. Pire, cet argent est comptabilisé deux fois : au titre de l’APD et puis au titre des financements climat sous la CCNUCC.


- on observe par ailleurs un déclin dans la politique de don et une montée en puissance de la politique de prêt qui ne peut pas répondre aux besoins d’adaptation des plus pauvres. Selon les dernières données d’Oxfam, l’Afrique reçoit 1 à 2 milliards pour l’adaptation seulement chaque année. L’AFD admet qu’elle ne consacre que 500 millions d’euros à l’adaptation sur son enveloppe de 2,8 milliards d’Euros et dont seule une petite partie est dépensée sous forme de dons. Sans oublier qu’une partie de l’engagement de la France au Fonds Vert a été faite sous forme de prêts.


- Les ministères des finances des pays bailleurs voient la solution aux 100 milliards (par an et promis d’ici 2020) dans la montée en puissance des prêts pour le climat. C’est à dire qu’ils envisagent, d’ici la COP21, de recapitaliser ces institutions financières, pour leurs permettre de faire plus de prêts pour le climat. Mais pas forcément pour faire plus de dons pourtant essentiels dans les pays les moins avancés et sur les projets non-rentables.


- les pays en développement consacrent une partie croissante de leurs budgets à la lutte contre les changements climatiques mais ils sont nombreux à dire que cela ne suffira pas à faire face au défi climatique.

Dans ces circonstances, il est difficile d’imaginer aujourd’hui un « package financier » acceptable pour l’Afrique à partir du moment où ce package ne répond pas au cœur du problème : les plus pauvres et les impacts du changements climatiques, avant et après 2020.

Ce qui est le plus dommage, c’est le manque de volonté politique pour répondre à l’enjeu alors que les moyens sont là :

o La taxe sur les transactions financières européenne tarde à se concrétiser et les ministres repoussent la discussion sur l’allocation des recettes de la future taxe alors même qu’elle pourrait permettre à la France de tenir ses engagements financiers sans diminuer les volumes financiers consacrés à l’éducation ou la santé dans les pays du sud.

o La réforme de l’EU-ETS nous offre une opportunité en or de créer un fonds de réserve destiné à financer la lutte contre les changements climatiques qui pourrait tripler la contribution des pays européens au Fonds Vert après 2020.

La conference d’Addis a raté un 2ème coche : celui de trouver un accord sérieux sur la redirection des subventions aux énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Comment se fait-il que la question de comment permettre l’accès à l’énergie durable et pour tout ne soit pas au cœur d’un processus qui vise le développement ? L’éléphant est si gros qu’il est partout, y compris dans les espaces qui visent à lutter contre les changements climatiques : le Fonds Vert vient d’accréditer la Deutsche Bank (la 10 plus grosse banque charbon dans le monde) et la plupart des bailleurs et pays siégeant au Fonds Vert continuent de subventionner directement ou indirectement les énergies fossiles dans les pays en développement qui seront par ailleurs bénéficiaires du Fonds Vert.

C’est là une question de cohérence et d’efficacité : nos efforts seront annulés par les investissements 100 fois plus importants dans les énergies fossiles au nord comme au sud, et le résultat nous coûtera beaucoup plus cher en matière d’impacts sur la santé publique et au regard du prix croissant des énergies fossiles qu’il faudra subventionner. Et cela tombe bien : la redirection des énergies fossiles permet non seulement de réduire le C02 mais représente aussi une source de financements pour lutter contre les changements climatiques - qui dépasse de loin les volumes financiers actuellement disponibles pour lutter contre les changements climatiques au sud.