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Dérèglement climatique : Un accord franco-allemand « atomobile » ?
date 30 juin 2008
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Dérèglement climatique : Un accord franco-allemand « atomobile » ?

Juin 2008

Le 9ème Conseil des Ministres Franco-Allemand, qui s’est tenu récemment en Bavière, a été l’occasion de dessiner les contours d’un accord relatif aux rejets de CO2 émis par les véhicules particuliers commercialisés dans les pays de l’Union européenne. Les divergences entre les deux pays ne sont que le reflet implicite d’une différence d’approche profonde entre les constructeurs allemands et français, les premiers optant pour la production de véhicules lourds, puissants, énergivores et très émetteurs de CO2, les seconds a contrario privilégiant la commercialisation de petits véhicules moins polluants.

Suite à l’échec d’un engagement volontaire signé par les constructeurs automobiles européens avec la Commission européenne en 1998, un règlement européen a été proposé aux Etats membres afin de rendre contraignant une diminution drastique des émissions de CO2 des véhicules particuliers neufs.

Bien que le Ministre de l’Ecologie français ait défendu, à la suite du Grenelle de l’environnement, un accord se référant à un objectif de 120g de CO2 par kilomètre parcouru applicable dès 2012, il semble que le Président de la République ait, d’autorité, accepté, à rebours, un accord en très net recul reposant sur un seuil de 138g de CO2 applicable dans les faits en 2015, uniquement pour les nouvelles gammes automobiles mises en circulation.
A ce jour, la moyenne des émissions des véhicules commercialisés en 2007 avoisine les 160 g de CO2 en Europe. Réclamer une baisse d’à peine 22 g de CO2 en 8 ans est un objectif politique minimaliste qui ne permettra pas de répondre aux crises climatique et énergétique annoncées. Entre la production de grosses berlines et autres 4x4 et le facteur 4 qui vise à diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 -avec un objectif intermédiaire, en 2020 de -20% à -30%- pour limiter la hausse des températures à 2°, il va falloir choisir.

Arguant de différences historiques indépassables, les autorités allemandes ont cherché à obtenir un report de la mise en œuvre de cette réglementation européenne tout en réclamant un abaissement significatif des objectifs annoncés. L’absence circonstanciée de la France dans la première phase de cette négociation a permis à l’Allemagne d’imposer ses points de vue et ce, aux dépens de l’industrie automobile française. La moyenne des rejets de CO2 des véhicules neufs commercialisés en 2006 s’établissait à 149 g de CO2 par kilomètre en France, contre 171 en Allemagne. En rehaussant les seuils d’émission de CO2, l’Europe passe à côté de l’opportunité de faire émerger une industrie automobile moins polluante reposant sur des innovations technologiques novatrices. Les constructeurs et équipementiers hexagonaux, bons élèves de l’Union européenne en la matière, aurait pu attendre du Président de la République autre chose que le coup de pieds de l’âne !

Nous sommes fondés à nous interroger sur les contreparties liées à cet accord dont les bénéficiaires exclusifs semblent être les constructeurs automobiles allemands : automobile allemande contre atome français ? Un accord « atomobile » reviendrait à favoriser, d’une part le nucléaire français et d’autre part l’industrie automobile allemande avec pour résultat une Europe radioactive et climaticide ! La France aura, au travers de cet accord, réussi le tour de force de brader une industrie automobile nationale compétitive et peu émettrice de gaz à effet de serre pour favoriser les intérêts bien compris du lobby nucléaire, promoteur de déchets et entretenant des risques de prolifération du plutonium. Au terme de cet accord franco-allemand, les citoyens européens auraient donc le nucléaire ET l’effet de serre !!!

Par cet accord, la France a délibérément choisi de tourner le dos aux engagements pris dans le cadre du Grenelle de l’environnement, à savoir la défense de l’objectif moyen de 120 g de CO2 par kilomètre d’ici 2012. Nous constatons avec amertume qu’à l’heure des choix, la France joue, comme souvent, aux abonnés absents. « Notre maison brûle »... les élus tiennent des discours enflammés et nos températures continuent à augmenter !

L’image du pouvoir ne peut se résumer au pouvoir de l’image. Face à la flambée des prix du pétrole et aux risques engendrés par le dérèglement climatique, nous nous étonnons de l’attentisme de l’accord franco-allemand qui laisse à penser que le secteur « transport », responsable de 23% des émissions de CO2, en hausse de 26% depuis 1990, n’aurait pas d’efforts particuliers à faire. Quelle crédibilité pourrons-nous donner à la future présidence française si les discours ne sont pas en adéquation avec les actes ?

Les associations que nous représentons s’interrogent sur ce soudain revirement ayant conduit la France à renoncer à un accord ambitieux. La posture du Chef de l’Etat français dans cette négociation n’est pas à la hauteur des enjeux climatiques actuels. En profond désaccord avec la stratégie française, nous appelons les pays de l’Union à faire montre d’une ambition renouvelée afin de sauver l’intégrité climatique.

Par Stéphen Kerckhove, Délégué général d’Agir pour l’Environnement et Olivier Louchard, Directeur du Réseau Action Climat France