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Climat : des cyclones plus nombreux ou plus violents ?
date 7 septembre 2006
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Enquête LE MONDE | 05.09.06 |
Climat : des cyclones plus nombreux ou plus violents ?

Depuis une décennie environ, l’activité cyclonique mondiale semble avoir connu une augmentation notable. Voilà un an, Katrina dévastait La Nouvelle-Orléans, couronnant une saison cyclonique d’une exceptionnelle intensité dans l’Atlantique nord. Jamais, depuis que des relevés scientifiques et saisonniers ont été établis dans cette région du monde - soit depuis le début du XXe siècle -, il n’en a été signalé de plus violente.

Entre le 1er juin et le 30 novembre 2005, 27 tempêtes tropicales se sont formées dans l’Atlantique nord - la moyenne se situant entre 10 et 11 -, dont pas moins de 15 ont évolué en ouragans. Trois d’entre elles ont atteint le cinquième et ultime degré de l’échelle de Saffir-Simpson, avec des vents approchant ou dépassant les 300 km/h.

Exceptionnelle, la saison 2005 succédait à une saison 2004 elle aussi largement au-dessus des normes, avec 16 tempêtes dont 9 ouragans. Mais deux saisons violentes, fussent-elles remarquables et consécutives, ne font pas une tendance. La majorité des climatologues s’accordent toutefois pour dire que, depuis 1995, le bassin de l’Atlantique nord a connu un plus grand nombre de phénomènes cycloniques. Plus violents et plus nombreux.

L’Atlantique nord est au centre de l’attention, en raison de la présence des côtes américaines, et des infrastructures pétrolières installées autour du golfe du Mexique. Mais il n’est pas l’unique bassin propice à la cyclogenèse.

Ces redoutables phénomènes naissent dans cinq autres zones océaniques. Les activités de chacun de ces bassins ne sont pas gouvernées par une tendance unique. Dans le Pacifique, certains phénomènes récents ont un caractère historique. En revanche, la saison 2006 dans l’Atlantique nord se révèle plus calme que les dernières prévisions de la NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration) ne l’escomptaient.

Depuis le 1er juin, seules cinq tempêtes tropicales en Atlantique ont jusqu’à présent été baptisées : Alberto, Beryl, Chris, Debby et Ernesto, la seule de ces dépressions à avoir été, pour l’heure, promue au grade d’ouragan. Une "promotion" qui n’a d’ailleurs duré que six heures, Ernesto ayant été rétrogradé au rang de simple tempête à l’approche des côtes de Floride, avant de voir sa puissance s’étioler presque totalement.

Vérité dans l’Atlantique, erreur dans le Pacifique. Avec des vents culminant à près de 260 km/h, le typhon Saomaï (le terme de "typhon" est utilisé dans le Pacifique, mais correspond à l’ouragan dans l’Atlantique), qui s’est abattu mi-août sur la Chine et a provoqué la mort de plus de 400 personnes, est le plus violent enregistré depuis 1956. Fait rare, la formation de Saomaï a été presque simultanée avec celle de deux autres typhons, Maria et Bopha.

Ces trois événements s’inscrivent dans un début de saison très actif dans le Pacifique nord-ouest puisqu’il a déjà donné lieu à 13 tempêtes dont 7 sont, pour l’heure, devenues des typhons. Ces intempéries avaient, fin août, nécessité le déplacement de plus d’un million et demi de Chinois. Dans le Pacifique nord-ouest, la saison cyclonique a par ailleurs commencé en mai et non en juin, comme c’est généralement le cas.

Entre l’activité des différents bassins cycloniques, certains météorologues constatent un effet de "vases communicants", selon l’expression de Roland Mazurie, ingénieur prévisionniste au centre Antilles-Guyane de Météo France. Ainsi les scientifiques s’accordent généralement pour dire qu’au niveau mondial, tous bassins confondus, le nombre de tempêtes tropicales est stable.

Nulle épidémie, donc. Les travaux de Peter Webster, chercheur au Georgia Technology Institute, puis ceux de Kerry Emanuel, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), ont cependant montré que la proportion de cyclones des catégories 3, 4 et 5 tend à croître. Et que l’énergie moyenne dissipée par les cyclones tend aussi à augmenter. Celle-ci, selon certains travaux très discutés, s’est accrue de 70 % au cours des trente dernières années. Deux facteurs sont responsables de cette augmentation : des vents plus rapides de 15 % environ et une durée de vie des phénomènes cycloniques plus longue de 60 %.

Les raisons de cette virulence exacerbée ? L’augmentation des températures de surface des eaux océaniques. Pour qu’un cyclone puisse se former, la mer doit être à une température d’au moins 26 oC à 27 oC, sur une profondeur d’une cinquantaine de mètres au moins. Brossée à gros traits, la fonction thermodynamique du cyclone tropical se résume à la conversion de l’énergie thermique stockée par les océans en énergie mécanique. Il semble donc naturel que l’augmentation de la température des eaux de surface contribue à la formation de cyclones plus dévastateurs... Des paramètres autres que la seule température de surface entrent aussi en jeu. La distribution verticale des vents, en particulier, est cruciale : si la direction ou l’intensité des vents est différente entre la surface et la haute troposphère, la formation du cyclone ne pourra se faire.

L’intensité de l’activité cyclonique n’est pas le seul indicateur d’un changement en cours. Les climatologues s’intéressent à des phénomènes rares - voire inédits - qui semblent se produire de plus en plus fréquemment. En témoigne l’ouragan Catarina qui, en mars 2004, s’est formé au large du Brésil, alors que l’Atlantique sud ne constitue pas un bassin propice à la cyclogenèse. Deux mois plus tôt, une tempête tropicale s’était également formée dans la même zone, accentuant encore le caractère exceptionnel de la saison 2004. Le seul précédent est, de mémoire de météorologue, la formation d’une tempête tropicale au large des côtes angolaises, en 1991. De même, Vince, l’un des derniers ouragans de la saison 2005, a frôlé, mi-octobre, les côtes portugaises. Le fait est inédit.

Plus étonnant encore, plusieurs phénomènes dépressionnaires présentant des similitudes avec les cyclones tropicaux ont été enregistrés, entre 1995 et 1999, en Méditerranée.

Stéphane Foucart
Article paru dans l’édition du Monde du 06.09.06