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Climat : catastrophe à demi
date 10 mars 2003
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Depuis 30 ans, date à laquelle eut lieu la conférence de Stockholm sur l’environnement humain, il est de bon ton de dénoncer le catastrophisme de ceux qui s’intéressent aux conséquences à long terme des activités humaines sur la biosphère. Les adversaires ont toujours recours aux mêmes techniques : le déni de preuve, et la confusion des genres. Et ils pensent que cela suffit. Et d’ailleurs, dans les faits, cela a effectivement suffi à retarder les recherches en la matière : quand Alfred Sauvy, qui n’était quand même pas le dernier des imbéciles, disait en 1973 que le changement climatique pourrait faire monter le niveau des mers de 70 mètres, ça n’a pas entraîné de hausse des crédits de recherche sur le climat. Et encore moins sur les interactions entre activités humaines et régulations biosphériques. On a continué à émettre autant de gaz à effet de serre que le prix de l’énergie permettait de produire, sans tenir compte des conséquences à long terme.

Le déni de preuve, en admettant qu’il soit réel, est tout de même un peu court pour nous rassurer. Premièrement parce qu’il n’existe pas de preuve permettant d’affirmer que les activités humaines ne perturbent pas la stabilité climatique. Et les modèles climatiques, tout imparfaits qu’ils soient, n’excluent pas une perturbation majeure du climat au cours du 21e siècle - au contraire, ils en indiquent la possibilité. Le déni de preuve revient donc à dire qu’il n’y a de crime que lorsqu’il y a flagrant déli - on imagine le nombre de criminels qu’il faudrait relâcher si cela avait force de loi. Deuxièmement, le déni de preuve scientifique signifie que nos hommes en blanc confortablement installés dans leurs labos n’ont rien vu sur leurs modèles ou dans leurs mesures. Ca ne prouve pas que les populations du monde ne sont pas en train de courir un risque extrêmement grave, qu’il sera impossible d’atténuer s’il s’avère que ce sont les scientifiques sceptiques qui sont dans l’erreur. Autrement dit, on confond un tout petit peu l’espace confiné du laboratoire et le monde réel, dont l’évolution n’attend pas l’avis des scientifiques. Le changement climatique est un problème politique, pas uniquement scientifique.
Et, ceci dit en passant, il faudrait peut-être un jour cesser de confondre réchauffement moyen de la planète, qui est une moyenne statistique, et déstabilisation du climat, ou changement climatique, qui est le phénomène auquel nous avons réellement affaire, et qui produira de plus en plus d’irrégularités climatiques - y compris des refroidissements locaux et des événements dits " extrêmes ".

Yves Lenoir dit que les modèles sont insuffisants, incomplets etc. Nous le suivons volontiers sur ce point et nous espérons qu’il contribuera efficacement à améliorer les modèles. Mais quand il s’agit de politique, il serait souhaitable qu’il fasse preuve de la même prudence : on ne joue pas avec le climat sans savoir comment ça marche et si on peut le contrôler. Cela vaut aussi pour le stockage souterrain. Il s’agit là d’expériences très récentes, avec très peu de retour d’expérience et mal connues. Or la pérennité des solutions dans le temps est un critère crucial : on imagine les conséquences d’un relâchement brutal des gaz en 2050 ou 260 !... Pourquoi dans ce cas-là ne pas avoir un raisonnement symétrique et attendre la preuve de leur étanchéité en menant l’expérience sur plusieurs décennies ? Pourquoi ce manque de foi dans le risque climatique et cette foi soudaine dans le stockage ? Bref, le raisonnement pèche par partialité.

Principe de précaution : attacher son parachute avant de sauter et non après, même si l’expérience montre que dans certains cas on peut tomber de 7000 mètres de haut et s’en tirer avec quelques fractures. L’avis de M. Lenoir met en jeu 2 milliards de paysans qui dépendent directement de la régularité climatique naturelle, si imparfaite qu’elle soit, pour assurer leurs besoins quotidiens. Le sujet mériterait davantage qu’une diatribe aussi cinglante que mal fondée.

Quant au politiquement correct, que M. Lenoir se rassure : les Chinois s’équipent, mais il font aussi de la maîtrise de l’énergie et bâtiments haute qualité environnementale. D’ailleurs, leurs émissions de CO2 ont baissé ces deux dernières années. Et s’il était vraiment politiquement incorrect, M. Lenoir dirait que l’efficacité énergétique représente un gisement aussi énorme que mal exploité, à multiples bénéfices : emploi, nuisances locales, indépendance énergétique etc. Il dirait que les renouvelables sont capables de répondre aux besoins des 7 milliards de Terriens, y compris pour leur couverture maladie, pourvu que tout le monde ne souhaite pas rouler en 4x4. Ca, ça serait vraiment incorrect, d’autant plus en période de guerre pour le contrôle du pétrole. Mais dire qu’il est inutile de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est au contraire manifestement consensuel.