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Accueil > Secteurs d’activités > Energie > Captage et stokage du carbone > Capture et Séquestration du CO2 : l’ultime solution ?
Capture et Séquestration du CO2 : l’ultime solution ?
date 13 juillet 2004
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Voici une solution pour ralentir le réchauffement de la planète : prélever le CO2 à la cheminée et l’enterrer. Simple. Trop simple ?

Prenez une centrale électrique au charbon. Mettez un filtre sur sa cheminée pour capter les gaz. Récoltez le CO2, comprimez et enfouissez-le sous terre, par exemple dans une ancienne nappe de pétrole. Le CO2 y serait piégé pour une certaine durée -voire une durée certaine- contribuant ainsi à ralentir le réchauffement de la planète. Tel est, grosso modo, le principe de ce qui est appelé la solution CCS comme Carbon Capture & Sequestration.
Bien sûr, tout le monde en convient : ce n’est pas LA solution. Mais les énergies renouvelables, l’efficacité et la sobriété énergétiques suffiront-elles, à elles seules, à réduire les émissions de CO2 pour limiter de manière ‘adéquate’ les dégâts climatiques ? La réponse à cette question dépend bien sûr de l’objectif que veut se fixer la communauté internationale : une augmentation de maximum 2°C serait-elle ‘acceptable’ ? Quoiqu’il en soit, il est fort à craindre que, pour de multiples raisons, la combustion des énergies fossiles continuera de plus belle. Alors...

Une solution attrayante ?

Plusieurs arguments plaident en faveur de cette technique, déjà éprouvée qui plus est (voir encadrés). D’abord, les réserves de charbon sont encore abondantes dans le monde et il semble difficile de dire -par exemple- aux Chinois dont la consommation d’énergie explose (mais qui par habitant reste six fois inférieure à celle de la Belgique), de ne pas recourir au charbon pour produire leur électricité. Alors, la centrale au charbon chinoise, avec, ou sans filtre de captage de CO2 ?
Pour notre atmosphère, c’est avant tout la brutalité de l’augmentation de la concentration en gaz à effet de serre qui pose problème. Cette rapidité empêche une adaptation des écosystèmes et modes de vie aux nouvelles conditions climatiques. D’où l’urgence d’agir. Or, au contraire de la mise en place de politiques de maîtrise de la consommation, le stockage du CO2 a l’avantage de l’immédiateté. Alors que les pays du Sud sont et seront les principales victimes des changements climatiques, une action d’autant plus rapide n’est-elle pas aussi une question d’éthique ? Les réservoirs de stockage du CO2 semblent vastes, la technologie disponible et les risques limités nous disent ses promoteurs. Parmi eux, les gouvernements (et lobbies) qui ne veulent absolument pas limiter leur consommation (et/ou production) de combustibles fossiles (Etats-Unis, pays exportateurs de pétrole...) et qui bloquent tout engagement multilatéral en terme de lutte contre les changements climatiques. Le stockage, une stratégie pour les réintégrer dans les négociations ?

Une échappatoire effrayante ?

Une fois séquestré, le principal risque est la fuite du CO2, accompagnée d’une pollution -essentiellement locale- due à un taux de CO2 excessif. Certes, l’éventualité des fuites ne peut être comparé à la problématique des déchets nucléaires, nettement plus nocifs. Mais l’impasse de solutions acceptables dans ce domaine -pourtant longtemps vantées par les technocrates nucléaires- devrait inciter à la prudence. Le sous-sol n’est pas une poubelle !

Surtout, la promotion de ce type de solution ‘end of pipe’ (en aval) risque de divertir l’attention des véritables mesures nécessaires (énergies renouvelables, efficacité énergétique et sobriété énergétique) pour réduire notre dépendance énergétique aux énergies fossiles et lutter durablement contre les changements climatiques. Un euro investi dans le CCS ne peut pas simultanément être dépensé pour l’efficience énergétique. C’est souvent l’un OU l’autre. Comment s’assurer que la mesure sera ‘additionnelle’ et non de ‘susbstitution’ ?

Enfin, le procédé CCS (de la collecte au stockage) est énergivore. Il requiert jusqu’à 30% d’énergie en plus. Il est aussi coûteux. Si aucun sous-produit n’est valorisé, le coût additionnel est actuellement de l’ordre de 50€ par tonne de CO2 évitée (IPCC TAR). Certains argumenteront qu’un tel surcoût rendra les énergies renouvelables plus compétitives. Ou faut-il au contraire argumenter que le charbon ‘propre’ entrera en compétition avec les énergies renouvelables ?

N’est-ce pas avant tout pour verdir l’image du charbon, mieux perpétuer son usage et éviter de remettre en question notre mode de vie boulimique ?

Un moindre mal ?

Il est fort à parier que le prélèvement puis le stockage du CO2 se révèlera être une technologie transitoire pour gagner du temps avant le passage vers un système d’approvisionnement énergétique sans carbone. Beaucoup de questions subsistent... Que fera-t-on des autres gaz (SO2, NOx...) ? Qui contrôlera l’efficacité du stockage ? Avec quels moyens ? Sans garanties, responsabilités et contrôle sur les fuites, la séquestration devrait être catégoriquement rejetée.

Parce que l’attractivité de cette technique vient de ce qu’il déplace le risque vers le futur, la régulation devra être basée sur une analyse politico-éthique plutôt que sur une analyse des profits économiques pour les pays ou entreprises. Vaste défi...
En attendant, rappelons-nous que le meilleur stockage de carbone actuellement connu, c’est celui des combustibles fossiles. Ca marche ! Tant que l’homme ne vient pas les chercher, ces combustibles restent stockés de manière sûre pendant des millions d’années. Pourquoi ne pas les laisser là ?

Ce qui ramène à la priorité, jamais assez répétée : efficience énergétique et énergies renouvelables !

Stephan Vis
- Chargé de mission ’Energie/Climat’ - Inter-Environnement Wallonie, asbl
IEW ONG environnementale
6, Boulevard du Nord - B-5000 NAMUR

081 255 262 - fax : 081 226 309

www.iewonline.be

Publié en juin 2004


Comment capture-t-on le CO2 ?

Parmi les multiples technologies envisagées, il est possible de séparer le CO2 à la sortie de la cheminée (grosses installations industrielles : production d’électricité, sidérurgie...) en ‘post-combustion’ ou, en amont, par ‘pré-combustion’. Cette dernière technique a notamment l’avantage d’isoler le CO2 avant et d’utiliser l’hydrogène qui émane de cette séparation. Le CO2 est ensuite comprimé et, sous forme liquide, transporté par pipeline.

Que peut-on faire du CO2 capté ?

Certes, le CO2 capturé peut-être injecté dans les boissons gazeuses ou d’autres usages plutôt marginaux. Mais en plus grosses quantités, il est possible de l’enfouir dans les couches géologiques profondes et étanches (anciennes nappes de pétrole ou de gaz, mines à charbon désaffectées...). Ainsi le projet Sleipner (Statoil en mer du Nord) injecte du CO2 dans la nappe de gaz naturel qu’il extrait d’autant plus facilement. Une ‘solution’ plus simple mais totalement inacceptable consiste à déposer le CO2 liquide au fond de l’océan.

Toxique le CO2 dans l’air ?

Comme d’habitude, c’est l’abus qui nuit à la santé. L’air, c’est 78% d’azote (N2), 20% d’oxygène (O2) et parmi les restes, quelque 0,0367% de CO2. Ce n’est pas grand chose me direz-vous, mais comparé à l’avant révolution industrielle (0,028%), c’est tout de même une augmentation de 30% ! Pour 2100, les scénarios des scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) vont de 0,054 à 0,097%. Avec des effets sur le climat catastrophiques...
Une élévation de la concentration de CO2 dans le sol est rapidement fatale pour les végétaux. A la sortie d’une cheminée, la concentration de CO2 varie entre 5 et 15%, selon qu’il s’agisse d’une centrale au gaz ou au charbon. Au-delà d’une concentration de 7%, l’humain éprouve des difficultés respiratoires. Au-delà de 20%, c’est fatal.

Plus d’infos : (en anglais) http://www.climnet.org/resources/po...