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Accueil > Secteurs d’activités > Agriculture > Agrocarburants > L’avis du RAC-F > Agrocarburants : une fausse solution durable !
Agrocarburants : une fausse solution durable !
date 24 avril 2007
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Position du RAADIS (Réseau pour une agriculture et une alimentation inventives, durables et solidaires)

Agrocarburants : une fausse solution durable !

Le développement de carburants d’origine végétale, destinés à se substituer à ceux d’origine fossile est présenté par les pouvoirs publics comme une solution efficace pour lutter contre le réchauffement de la planète. L’Europe a donc décidé pour atteindre son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre du Protocole de Kyoto [1] (-8% en 2010 par rapport au niveau de 1990) d’incorporer des agrocarburants à hauteur de 10% dans les carburants classiques en 2020. A l’échelle française, le Plan Villepin place cet objectif à 7% dès 2010. Le développement des agrocarburants est également présenté comme la solution à une dépendance énergétique dangereuse, à la création d’emplois en zone rurale et comme un nouveau débouché pour l’agriculture essoufflée des pays industrialisés. Ceci explique le caractère volontariste et l’effort budgétaire important en faveur de cette politique, dont l’effet reste pour l’instant médiocre sur la production et qui bénéficie principalement aux filières industrielles au travers de détaxations [2].

Une contribution faible à la réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports

À toutes les étapes de fabrication, la production d’agrocarburant rejette des gaz à effet de serre (de la fabrication d’engrais de synthèse pour la culture au transport jusqu’au lieu de vente). Au final, même si la plante a capté du CO2 tout au long de sa croissance, le bilan en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre reste moyen, car il a fallu utiliser de l’énergie fossile tout au long du processus de fabrication de l’agrocarburant. Selon les modes de calcul, les réductions annoncées d’émissions de gaz à effet de serre sont très variables (réduction de moitié selon certaines sources [3], mais selon d’autres sources on constate un léger dépassement par rapport aux émissions générées par les carburants fossiles), montrant bien qu’il subsiste encore des imprécisions concernant la pertinence des agrocarburants pour limiter les impacts du transport sur le climat. La filière éthanol reste la moins efficace pour réduire véritablement les émissions de gaz à effet de serre.

Un bilan énergétique faible

L’efficacité énergétique (EE) se définit comme la différence entre l’énergie primaire fossile consommée pour produire l’agrocarburant et l’énergie restituée par ce dernier. Globalement, l’EE des agrocarburants développés en Europe est faible (l’éthanol de canne à sucre produite au Brésil possède une meilleure EE). On utilise aujourd’hui par exemple 1 unité d’énergie fossile pour produire 1,2 unité d’énergie sous forme d’éthanol de blé ou 2,5 sous forme de biodiesel [4].

Une faible contribution à l’autonomie énergétique de la France

Le rendement énergétique net des agrocarburants par unité de surface est médiocre (production moyenne d’une tonne de carburant d’origine végétale par hectare). Leur développement nécessitera donc l’utilisation d’importantes surfaces agricoles. En France, pour atteindre 7% d’agrocarburants dans les transports, il faudrait utiliser 12 à 17 % de la surface agricole labourable (jachère comprise). Ainsi la totalité des jachères disponibles et utilisables en France, ainsi qu’une partie des surfaces destinées aujourd’hui à l’alimentation, seront destinées à des usages énergétiques. En maximisant cette surface en cultures énergétiques en France, on pourrait à peine répondre à la demande en carburant des machines agricoles : les engins agricoles consomment aujourd’hui 2 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) par an, ce qui représente déjà la production d’huile végétale de 2,5 millions d’hectares de colza et tournesol. Miser sur des filières courtes pour répondre à ces besoins permettrait de maximiser les bénéfices environnementaux. Or la politique gouvernementale actuelle donne la priorité au développement d’agrocarburants pour la consommation énergétique dans le transport routier, qui en France s’élève à environ 50 millions de TEP, sans même remettre en question ce niveau élevé de consommation. Ainsi, même l’objectif minimal d’incorporation de 10% de carburants végétaux semble impossible à atteindre avec les seules cultures énergétiques européennes. Il faudra donc importer, en particulier des pays en développement, ce qui soulève de nombreux problèmes sociaux et environnementaux.

De graves conséquences sur le développement des pays du Sud

La concurrence entre cultures énergétiques et cultures alimentaires présente des risques pour la sécurité alimentaire dans certaines zones, et à l’échelle mondiale. Alors que 850 millions de personnes, principalement des agriculteurs, souffrent de la faim dans le monde notamment parce qu’ils n’ont pas accès aux ressources leur permettant de produire de quoi se nourrir et gagner leur vie, l’utilisation de larges superficies agricoles et de financements publics pour la production d’agrocarburants ne peut qu’aggraver fortement cette situation. La superficie cultivée dans le monde est de 1,4 milliards d’hectares, avec une faible possibilité d’accroissement ; selon les projections de la FAO, la superficie arable va principalement augmenter dans les pays en développement (Amérique du Sud et Afrique sub-saharienne), avec seulement 120 millions d’ha supplémentaires, d’ici 2030 (pour une grande partie dans des zones de forêts primaires). Du fait de la croissance démographique, la superficie cultivée par habitant va être réduite de moitié : de 0,4 SAU [5] par habitant aujourd’hui, les prévisions tablent sur 0,2 ha de SAU en 2050. Pourtant la demande croissante d’agrocarburants incite les compagnies multinationales comme les gouvernements du Sud à développer la production d’agrocarburants sur les vastes superficies agricoles ou forestières de certains pays : palmier à huile (Indonésie, Malaisie..), soja, canne à sucre et ricin (Argentine, Brésil, Paraguay ;,..).
Cette expansion se fait selon un modèle intensif en capitaux et spécialisé, mais peu créateur d’emplois. Le rapport de force dans l’accès aux ressources se fait au détriment des communautés locales : leurs droits et besoins prioritaires sont ignorés voire bafoués, l’impact est souvent dramatique sur leurs conditions de vie et d’alimentation. La déforestation augmente considérablement l’effet de serre (10 à 30% des émissions de CO2) et la perte de biodiversité qu’elle engendre est de plus évidente.

Une incitation forte à des modèles de production néfastes au Nord comme au Sud

La terre disponible étant le principal facteur limitant pour le développement des agrocarburants, la recherche de rendements maximaux est encouragée, engendrant des modèles de production dont on connaît l’impact social négatif (destruction ou absence de création d’emplois, effets sur le tissu socio-économique local) et les dégâts sur l’environnement (en associant simplification des rotations et recours massif aux engrais et pesticides, voir OGM, ils contribuent à l’érosion des sols, à la perte de biodiversité et à la pollution de l’eau). Si l’incitation à la production d’agrocarburants n’est pas assortie d’une incitation à un modèle de production durable, elle n’offrira donc pas les bénéfices sociaux et environnementaux vantés aujourd’hui, ni dans les pays en développement, ni en Europe. L’industrie de transformation telle qu’elle est conçue et soutenue créera très peu d’emplois, et surtout pas dans les zones agricoles les plus sinistrées.

Compte tenu de la progression mondiale rapide et continue de la demande en carburants, et au vu des données précédentes, la politique de développement des agrocarburants n’est donc en rien LA solution au problème des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, et ne permettra pas à la France d’aller vers une autonomie énergétique s’inscrivant dans un développement plus durable et solidaire.

Ainsi, vus les effets attendus sur la société,

- Vue la dépense publique colossale déployée pour le développement de ces produits, au regard des volumes produits
- Vue l’existence de solutions alternatives, moins coûteuses, plus efficaces énergétiquement et moins polluantes, mais qui ne bénéficient aujourd’hui ni de réflexion et recherche, ni de soutien,
- Vue la concentration des intérêts de cette politique dans les mains des industriels de l’agriculture, et la faiblesse des consultations publiques à son sujet, qui n’ont pas permis une réflexion équilibrée sur son contenu,

Nous demandons, avant tout nouvel investissement dans cette filière, la tenue d’un débat démocratique sur la question, son intégration dans les discussions actuelles pour le « Grenelle de l’Environnement », et concrètement, l’organisation d’une conférence de citoyens et d’un débat parlementaire avant la fin de l’année 2007.

Ces débats constitueront une première étape, permettant une meilleure position du problème et de ses enjeux.

Ils lanceront un processus de travail, impliquant la société civile et basé sur une approche interministérielle, comprenant les différentes étapes nécessaires à la construction d’une politique publique : définition de programmes de recherche, mise à l’agenda du sujet au niveaux politique français et européen, débats sur les orientations et décisions à prendre, approche transversale, donc conforme aux exigences méthodologiques du développement durable...

Signataires :
Action consommation - Adéquations - AFIP - Amis de la Terre - CCFD - CFSI - Cohérence - Confédération paysanne - FNAB - GRET - MNLE - Réseau agriculture durable - Réseau Action Climat - Collectif Saône & Doubs Vivants - Sucre Ethique


Notes

1) Traité international adopté en 1997, qui vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés de 5,2% pour
2010, par rapport au niveau d’émissions de 1990.

2) Publication INRA “sciences sociales” n°2 - Décembre 2005, 20ème année. Ramené au litre produit le gain des agriculteurs est 8 fois
inférieur à celui des acteurs aval quelque soit le type d’agrocarburant. L’exonération fiscale varie entre 0.33 et 0.38 €/l, soit un
excédent d’exonération de 0.16 à 0.24 €/l pour compenser le surcoûts des agrocarburants lorsque le baril de pétrole est 65$ /baril.

3) EDEN 2006 : l’Ethanol de maïs à un indicateur effet de serre équivalent à 76 % de celui de l’essence. Ce chiffre est de 52 % pour l’éthanol de blé, 66% pour l’éthanol de betteraves et 26% pour l’ester methylique de colza.

4) Publication INRA “sciences sociales” n°2 - Décembre 2005, 20ème année. Chiffres obtenus en utilisant la méthode systémique. En
utilisant une convention d’imputation pondérale, non satisfaisante d’après l’article, ces chiffres ne sont respectivement que de : 2.05,
2.05 et 2.99.( étude ADEME-DIREM PWC 2002)

5) SAU : Surface agricole utile


Appel pour un débat public démocratique sur les agrocarburants

Nous, membres du RAADIS, réseau pour une agriculture et une alimentation durables inventives et solidaires, représentant des associations de consommateurs, de protection de l’environnement, de développement rural et agricole, des syndicats paysans, et des organisations de solidarité internationale, mettons en question la pertinence des choix de développement de la filière des agrocarburants [1]. Les décisions prises jusqu’ici n’ont pas donné lieu à un débat public et contradictoire.

Nous demandons au nouveau gouvernement français la suspension de la mise en œuvre des programmes actuels sur les agrocarburants, et réclamons un véritable débat citoyen préalable à l’élaboration de toute politique publique dans ce domaine. Au moment où l’ADEME [2] a dû ré-ouvrir le dossier controversé [3] du bilan énergétique réel des agrocarburants et de leur réduction effective des émissions de gaz à effet de serre, nous considérons indispensable que le débat politique prenne pleinement en compte ces incertitudes et contradictions. La question des agrocarburants doit être intégrée dans les concertations entamées par le ministre de l’Ecologie, de l’Aménagement et du Développement Durable dans le cadre du « Grenelle » de l’environnement.