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Agriculture et effet de serre : Enjeux
date 14 juin 2005
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Extraits du dossier Changements Climatiques de Campagnes Solidaires (juin 2005), le mensuel de la Confédération Paysanne. L’article ci-dessous a été écrit par le Réseau Action Climat-France.


Agriculture et effet de serre : Enjeux

Des répercussions encore mal connues

Se plaçant en 3e position, derrière les transports et l’industrie, l’agriculture en France représente 20% des émissions de gaz à effets de serre à l’origine du réchauffement climatique. Ce sera une des principales activités à en subir les conséquences. Partout dans le monde.

À l’heure du Plan Climat (1), de la Loi d’orientation agricole et de la Loi sur l’eau, l’attirail législatif semblait pouvoir se mettre en place pour avancer sur le dossier des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine agricole. Malheureusement, le gouvernement reste frileux quand il s’agit de prendre des mesures pour inciter à réduire l’impact de l’agriculture sur le climat. Comment la France et l’UE atteindront-elles les objectifs du Protocole de Kyoto (2) sans miser sur une agriculture qui diminue ses émissions de GES ?

Le Plan Climat est plutôt ambitieux avec une réduction de 5,6 millions de tonnes équivalent CO2 d’ici 2010 pour l’agriculture. Il n’est pourtant basé que sur des conseils de bonnes pratiques, des actions pilotes et des engagements volontaires.
Le gouvernement se plaît aussi à communiquer sur l’augmentation de la production de biocarburants (en réalité la mise en conformité d’une directive européenne) « garantissant le respect de l’environnement » sans donner plus de détails. Il est évident que si l’agriculture intensive s’approprie la production de biocarburants, les bénéfices qui pourraient être ressentis sur les émissions issues du secteur des transports seront vite démentis par les émissions de la production (colza, tournesol...), sans compter l’impact néfaste sur la qualité de l’eau, des sols, la biodiversité, etc.


Mesures inefficaces

Le Plan Climat envisage aussi un appui pour une meilleure maîtrise de la fertilisation azotée, mais dans le même temps, la Loi sur l’eau enterre définitivement la “redevance excédents d’azote”, débattue depuis 1998 et exclue une approche en « amont » de taxation des intrants. L’agriculture productiviste demeure une fois encore exonérée de l’application du principe pollueur payeur !
Les émissions agricoles de GES comme le protoxyde d’azote, le méthane et le dioxyde de carbone renforcent l’effet de serre naturel, faisant courir un risque quant aux impacts à la surface du globe. Les effets régionaux des changements climatiques sur l’agriculture sont encore peu connus, mais les productions végétales et animales étant optimisées pour des zones climatiques déterminées, on imagine bien qu’un changement de climat aura des répercussions sur les productions.

Loin d’affecter uniquement la moyenne des températures terrestres, les changements climatiques modifieront aussi l’amplitude thermique, la fréquence des évènements météorologiques extrêmes et les précipitations.
Globalement, l’évolution du climat aura donc un impact sur le régime saisonnier des précipitations, l’humidité des sols et la disponibilité en eau, sur les températures moyennes qui raccourciront les cycles de végétation, sur la fréquence des vagues de chaleur et sur l’expansion des insectes et maladies végétales aggravant le risque de pertes de récolte.
Par contre, les changements climatiques pourraient avoir un effet positif sur les productions animales grâce à un allongement des saisons de croissance et une diminution de la mortalité hivernale. Mais les schémas de reproduction établis et les relations entre les écosystèmes pourraient être perturbés.
Même s’il est possible de limiter les effets négatifs des changements climatiques (variétés appropriées aux conditions pédoclimatiques, modification des modes de culture, meilleurs systèmes de gestion de l’eau, adaptation des calendriers de semis et méthodes de labour, utilisation des sols...), certains pays pourraient voir leur production diminuer. Les impacts ne seront certainement pas uniformes à la surface de la planète (désertification, sécheresses, inondations, submersion des deltas, etc.).


Tous les acteurs économiques concernés

Parmi les activités qui subiront les effets des changements climatiques, l’agriculture figure dans le peloton de tête et les déséquilibres climatiques ont déjà une répercussion sur certaines cultures. Même si les parties du globe déjà fragilisées seront celles qui auront le plus de mal à s’adapter, l’Europe ne sera pas en reste. Le réchauffement observé au cours du 20ème siècle équivaut déjà à un déplacement de l’ordre de 180 kilomètres vers le nord ou de 150 mètres en altitude en France.
Certes, la question des émissions de GES doit être traitée de façon globale et impliquer des réductions d’émissions au niveau de tous les acteurs économiques, mais le secteur agricole doit aussi se préoccuper de son impact sur le climat car les changements climatiques viendront inévitablement à lui. Les partisans d’une agriculture durable et paysanne doivent donc s’emparer de ces dossiers car de nombreuses pistes sont exploitables pour réduire les émissions du secteur agricole. Dans le même temps, les effets du changement climatique sont déjà engagés, pressant la réflexion sur les moyens d’adaptation.

Diane Vandaele,
Réseau action climat


(1) Plan national, mis en œuvre en juillet 2004, visant tous les secteurs d’activités, pour permettre à la France d’atteindre son objectif de Kyoto ; il prévoit une division par 4 des émissions de GES en 2050.

(2) A Kyoto, en 1997, la France s’est engagée à stabiliser à l’horizon 2008-2012 ses émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990, l’Europe à les réduire de 8 %.



L’activité agricole, source significative de GES

En Europe, les émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole sont estimées à 10 % de l’ensemble de celles de l’UE à 15, en 2002. L’agriculture contribue à 41 % des émissions de CH4 et 51 % des émissions de N2O.
En France, les émissions agricoles sont estimées à 20 % en 2002 (24% sans tenir compte de l’effet « puits de carbone »), soit 110 MteCO2. Trois GES principaux :
- Le protoxyde d’azote N2O (56% des émissions de GES agricoles) provenant de l’épandage et du processus de dégradation dans les sols des engrais azotés ainsi que du tassement des sols lié à un travail du sol intense.
- Le méthane CH4 (33% des émissions de GES agricoles), dégagé par la fermentation entérique des ruminants et les déjections animales dans les fosses de stockage.
- Le dioxyde de carbone CO2 (11% des émissions de GES agricoles) émis par l’utilisation de l’énergie fossile en agriculture (carburants pour les engins agricoles, chauffage des bâtiments d’élevage, etc.).

L’activité agricole est donc bien une source significative de GES. Dans le même temps, comme pour la sylviculture, il s’agit d’une activité qui absorbe le CO2 atmosphérique grâce aux végétaux en croissance (photosynthèse). De même, les sols peuvent accroître le stockage du CO2 grâce à des changements d’utilisation du sol et de pratiques agricoles (travail restreint du sol, pérennité des prairies...). L’agriculture ne peut pas, à proprement parler, réduire le CO2 atmosphérique mais le stocker sur une période et des surfaces limitées, c’est l’effet « puit de carbone ».



La tonne équivalent CO2, le pilier de la « comptabilité » effet de serre

Les gaz n’ont pas les mêmes capacités à piéger la chaleur et ont des durées de vie dans l’atmosphère très différentes. Ils ne contribuent donc pas de façon équivalente à l’effet de serre. Pour pouvoir effectuer des calculs globaux, le CO2 est utilisé comme référence et toutes les émissions de gaz à effet de serre sont converties en « tonnes d’équivalent carbone sous forme CO2 » (teCO2). Sur cent ans, une tonne de méthane équivaut à 20 tonnes de CO2 et une tonne de protoxyde d’azote à 300 tonnes de CO2. Autrement dit, 1kg de CH4 est 20 fois plus polluant qu’1 kg de CO2 et 1 kg de N2O est 300 fois plus polluant qu’1 kg de CO2 .