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A Montréal, l’Europe et les pays du Sud militent pour l’après-Kyoto
date 9 décembre 2005
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A Montréal, l’Europe et les pays du Sud militent pour l’après-Kyoto

’atmosphère se tend peu à peu au Palais des congrès de Montréal, où se tient la conférence des Nations unies sur le changement climatique. L’enjeu est d’ouvrir la porte sur ce qui se passera au terme du protocole de Kyoto, qui engage les pays industrialisés à ramener, d’ici à 2012, leurs émissions polluantes au niveau qu’elles avaient en 1990. Cet après-2012, la communauté internationale doit dès maintenant l’imaginer, faute de quoi la lutte contre le changement climatique aura régressé de dix ans.

L’importance de cette question est ressentie par tous, puisque, selon le secrétariat de la convention sur les changements climatiques, Montréal rassemble un nombre record de participants : plus de 2 900 diplomates et plus de 5 300 observateurs, des chiffres supérieurs à ceux de la conférence de Kyoto en 1997. L’Union européenne est une chaude partisane d’une réflexion rapide sur ce thème, alors que les Etats-Unis y sont fermement opposés. Dans la joute diplomatique qui se déroule ici, un élément devrait peser lourd : le mécanisme de développement propre (MDP). Prévu par le protocole de Kyoto, le MDP permet de transférer des technologies propres dans des pays du Sud, tout en faisant gagner des "crédits d’émissions" polluantes aux pays du Nord.

Pour comprendre le dispositif, le mieux est de prendre un exemple concret. Dacca, au Bangladesh, est densément peuplée et manque d’espace pour créer une nouvelle décharge, nécessaire aux 3 200 tonnes d’ordures qu’elle produit chaque jour. Aussi pourrait-on améliorer la décharge existante de Matuail.

Avec l’aide des Pays-Bas, Dacca va le faire. Des dispositifs de compactage vont être installés, permettant de faire monter le tas d’ordures de 5 m à 25 m, et de produire du méthane pour obtenir de l’électricité grâce à la décomposition de ces rebus. Ainsi Dacca aura-t-elle une décharge moins polluante, qui pourra durer plus longtemps tout en produisant de l’énergie et créera 250 emplois. L’avantage pour le Bangladesh est évident. En retour de leur aide technologique, les Pays-Bas seront crédités d’une "économie" d’émissions de gaz à effet de serre qu’ils pourront déduire, bien qu’elle ait été obtenue au Bangladesh, des efforts qu’ils se sont engagés à faire pour respecter le protocole de Kyoto.

TECHNOLOGIES PROPRES

Ce double intérêt du MDP est de mieux en mieux compris par tous les pays. D’abord par ceux du Nord qui, comme les Pays-Bas, l’Espagne, le Japon ou le Canada, savent qu’ils auront du mal à respecter, sans un appoint extérieur, leurs engagements de Kyoto. Mais il l’est aussi par les Etats du Sud, qui constatent qu’il y a là la possibilité de financer des technologies propres et modernes à coût très faible.

"Depuis trois ans, le nombre des fonds pour intervenir sur ces projets et le volume d’investissement ont crû exponentiellement", estime Christian de Perthuis, de la Caisse des dépôts. Près de 4 milliards d’euros sont ainsi mobilisables. Ce n’est sans doute qu’un début. "En Asie, les besoins annuels d’investissements en infrastructures sont de 250 milliards de dollars (212 milliards d’euros), analyse Toru Kubo, de l’Asian Development Bank. On peut imaginer que 20 % de ces sommes puissent relever du MDP", soit 50 milliards de dollars... L’Inde, le Brésil, la Chine ou le Maroc sont en faveur de ce dispositif.

Les projets, dont les premiers commencent à être validés par le comité exécutif du MDP, concernent la récupération de méthane, la destruction d’un gaz fluoré à fort effet de serre, la micro-hydraulique, la valorisation de la biomasse, etc. "Nous en avons cent en développement, affirme, par exemple, Mme Li Liyan, qui gère en Chine les projets. Nous sommes limités par le manque d’experts pour préparer les projets, et par l’insuffisance de méthodologie dans plusieurs domaines, comme celui de l’efficacité énergétique."

Le MDP devrait aussi pouvoir interagir à l’avenir avec le marché de CO2 ouvert cette année en Europe. La principale menace qui pèse sur lui est l’incertitude quant à ce qui se passera en 2012. Si le protocole de Kyoto n’est pas prolongé, les mécanismes qu’il a créés disparaîtront et les pays du Sud perdront cet instrument dont ils commencent à découvrir les avantages. Une menace qui devrait peser dans les discussions des prochains jours.

Hervé Kempf
Article paru dans l’édition du 08.12.05