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4x4 = Zéro de conduite !
date 22 septembre 2005
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4x4 = Zéro de conduite !

par Stéphen KERCKHOVE, délégué général d’Agir pour l’Environnement,
Philippe QUIRION et Olivier LOUCHARD, président et coordinateur du Réseau Action Climat France

Depuis plusieurs années, le succès croissant des véhicules à 4 roues motrices laisse songeur. Alors que les prix du baril du pétrole ne cesse de battre record sur record atteignant des sommets historiques, les ventes de 4x4 semblent paradoxalement suivre la même pente ascendante ! Avec 5,6% du parc automobile et une progression de plus de 17% sur le premier semestre 2005, les 4x4 acquièrent une certaine normalité sociale, alors que leur usage devrait demeurer une exception, utilisé dans des zones difficiles d’accès ou pour des interventions de secours. Mais, force est de constater que les 4x4 sont massivement utilisés dans les aires urbaines, zones manifestement inadaptées à leur évolution. Pire, la généralisation de pare buffles défie toute rationalité en dotant ces véhicules de pare choc culminant parfois à plus d’un mètre de haut, hauteur qui en cas de choc avec les piétons, cyclistes et enfants frappe les parties vitales !

L’automobile, et a fortiori les 4x4, véhicule une image, incarne un statut social. Il est à cet égard difficile de lutter contre cet autocentrisme, qui crée une dépendance psychologique en entraînant une fusion quasi amoureuse et passionnelle du conducteur et de l’objet qu’il conduit. Contester l’objet adulé revient ainsi à honnir l’homautomobilis.

Comme l’Agence de l’environnement et de maîtrise de l’énergie (www.ademe.fr) l’indique régulièrement, un tous terrains en cycle urbain consomme en moyenne 32% de carburant de plus qu’un véhicule classique et rejette en moyenne 229 grammes de CO2 par km contre 142 grammes pour les berlines. En ajoutant la climatisation, inappropriée sous nos latitudes mais massivement utilisée, certains 4x4 consomment ainsi en ville une trentaine de litres de carburant tout en rejetant 300 à 400 grammes de CO2 par kilomètre parcouru. Ce constat devrait conduire les responsables politiques à agir rapidement afin de ne plus vivre à crédit sur le dos des générations d’aujourd’hui et de demain.

Les conséquences actuelles et prévisibles du dérèglement climatique semblent pourtant transir d’effrois les décideurs en place. C’est ainsi qu’à l’occasion des discours de rentrée et de la semaine de l’immobilité (du 16 au 22 septembre) initiée par le Gouvernement et qui fait suite à la feue journée sans voiture, nous assistons à une multitudes d’annonces censées palier plusieurs années de statu quo. Non seulement, ces annonces sont contradictoires mais en plus elles ne constituent que de pâles micro-mesures qui ne remplaceront jamais une politique volontariste, cohérente et inscrite dans la durée.

Après plus d’un an de tergiversations, le Gouvernement a décidé de mettre en place un malus frappant l’achat de véhicule neuf particulièrement polluant. Symptomatique de cette politique des petits pas, cette mesure sera sans impact réel sur le comportement des consommateurs lors de l’achat et encore moins sur la protection de l’environnement. En effet, ce nouveau malus en solde ne représentera pour les 4x4 les plus polluants qu’un surcoût à l’achat d’à peine 0.48%. Le signal « prix » qui freine parfois certaines pulsions consuméristes semble inopérant face à des engins dont le coût d’achat peut dépasser les 40000 à 60000 euros. Avoisinant les 300 à 400 euros au maximum, le taux de ce nouveau malus demeure trop faible pour infléchir les ventes d’objets fétiches, sacralisés à l’aide de campagnes publicitaires massives. Rappelons que la fonction première d’une pollutaxe est de dissuader et non de combler le déficit de l’Etat. La taxe doit être élevée, proportionnelle aux rejets de gaz à effet de serre, et annuelle de façon à créer une fiscalité qui tienne compte de l’impact environnemental en internalisant les coûts externes.

Corrélativement à l’adoption d’une telle taxe, il est essentiel d’améliorer l’information du grand public à l’aide d’un étiquetage Energie apposé sur chaque véhicule. Cet étiquetage doit aussi être généralisé à l’ensemble des outils promotionnels en indiquant explicitement le coût d’achat et le coût de fonctionnement annuel. Ce outil informationnel et pédagogique permettrait ainsi de faire prendre conscience à un potentiel acquéreur que l’investissement relatif à l’achat d’un 4x4, bien qu’extrêmement élevé, devra être doublé pour l’alimenter en carburant durant sa courte vie, soit environ 7000 à 9000 euros par an ! Pire, hors climatisation, un 4x4 rejettera trente à quarante fois son poids en CO2, soit environ 50 tonnes ! ! ! Gageons qu’une information objective et visible permettra de compenser en partie l’omniprésence publicitaire. Certes, le Gouvernement affiche sa volonté de généraliser l’étiquetage (annonce déjà faite il y a plus d’un an à l’occasion de la médiatisation du Plan Climat.) mais limiterait la diffusion de cette information essentielle à l’arrière boutique des concessionnaires ! Les constructeurs automobiles auront ainsi tout loisir de diffuser une information publicitaire partielle et partiale restreignant une prise de conscience d’autant plus urgente que notre dépendance pétrolière alourdit notre déficit commercial.

Face à l’urgence climatique, l’embolie urbaine, l’insécurité routière et la crise pétrolière, l’usage du 4x4 en zone urbaine est une totale aberration et requiert d’urgence l’instauration de mesures très restrictives. Rappelons que les autres usagers de l’espace public qu’ils soient dans une poussette, sur un vélo, à pieds, dans un bus et même dans une voiture de taille plus modeste doivent faire face à ces nouveaux Mad Max des villes et à leurs mastodontes rutilants et sont les premiers à subir de plein fouet les aléas de cette mode compulsive.

Source/auteur :
Tribune libre du 17 septembre 05 publiée dans le Courriel-hebdo d’Agir pour l’Environnement [n°146]